Rafchan : interview d'une fanzineuse devenue auteur BD
le lundi, mars 15 2010, 05:33 - Interviews - Lien permanent
Tu peux te présenter en quelques
mots? Quel a été ton parcours ?
Après un bac S j'ai glandouillé à la fac, fait une école privée de
communication visuelle spécialité pub à Paris puis après le diplôme j'ai
rencontré Run, auteur de Mutafukaz chez Ankama et directeur de
collection qui a signé Debaser. En parallèle, depuis mes
années de lycée, je faisais du fanzinat avec des copains dessinateurs.
On vendait nos fanzines dans les conventions de manga.
Qu'est ce qui t'a donné envie de te lancer dans le fanzinat, et
dans quelles conditions ?
La principale motivation c'était de s'amuser entre potes à raconter des
histoires, monter des projets et concrétiser tout ça en vendant
directement au public. Le fait d'être une petite dizaine permettait aux
idées de fuser et nous avons enchainé différents projets, différents
fanzines, différentes idées de goodies (produits dérivés), ainsi
que des décorations spéciales pour nos stands en festivals. On
investissait notre argent de poche et on se débrouillait toujours pour
rentrer plus ou moins dans nos frais. On s'est rapidement "alliés" avec
d'autres groupes de fanzines pour monter le collectif Ben Bao, avec un
goût commun pour la pop culture manga, le graphisme et le dessin.
Quelles ont été tes principales parutions en tant que fanzineuse?
Au sein du collectif Ben Bao, nous regroupions 4 communautés de fanzines
:Onigiri (croquis, illustrations et BDs), Atatawata
("Baston et petites culottes"), Ultra-Sushi (plus axés sur le
graphisme, la mode) et Matto (style punk). En marge de ces 4
publications régulières (BDs à suivre), nous sortions divers fascicules
ponctuels : recueils de croquis (Col-ecrase, Draw or Die),
parodies érotiques (Harry Pelotteur, Capcom VS SNK),
articles (A5ile, Deubeul, Review), parodies soft (Naruto,
GTO), BDs isolées (Followin the way,Pompom
Gals).
Comment as-tu perçu l'influence des éditeurs sur les publications
amateurs ? Durant ces 7 années, as-tu remarqué une amélioration dans la
manière dont le fanzinat est perçu par le public mais aussi par les
éditeurs ?
Nous n'avons jamais vu d'éditeurs flâner sur les stands, acheter des
fanzines, bref, prendre la température de la jeune scène créative.
J'imagine qu'ils attendent que les auteurs proposent des projets clés en
main. Ceci dit, c'est en offrant mon fanzine à Run à notre dernière
Japan Expo que j'ai décroché un contrat chez Ankama, donc le fanzinat
est indubitablement un bon entrainement pour l'expérience personnelle
d'un jeune auteur. Mais l'ajouter sur le CV n'apporte rien lorsqu'on
présente un projet à un éditeur.
Pour le public c'est difficile à dire, nous arrivions toujours à rentrer dans nos frais de justesse grâce à un public assez fidèle, mais la curiosité du public envers les fanzines est diminuée par la présence de stands officiels vendant d'authentiques produits japonais qui étaient légitimement plus intéressants pour les visiteurs de salons mangas. En définitive, la majorité du public fanzine était composée de dessinateurs !
Il faut aussi souligner un manque d'intérêt de certains organisateurs de festivals mangas envers les fanzines : stands hors de prix, placements au fond des salles près des toilettes, manque de communication sur la présence des fanzines, etc ... les stands coutent cher, les badges d'entrée sont délivrés du bout des lèvres, en quantité ridicule, les chaises payantes, etc ...
Comment et pourquoi avoir décidé de
te lancer en tant que pro ? Quelles ont été les opportunités qui t'ont
permis ce passage de fanzineuse à pro ?
J'avais envie de faire de la BD depuis longtemps, donc une fois le
diplôme en poche, plutôt que de galérer dans le monde peu attirant de la
publicité, j'ai essayé de me lancer dans la BD. Les éditeurs que j'ai
contactés en amont n'ont pas été intéressés par Debaser, mais
Ankama était enthousiaste, ils ont pris le risque de signer le projet.
Je considère cela comme un gros coup de chance, sans Ankama je ne suis
pas sûre que j'aurais trouvé un éditeur.Le manga français fait encore
peur aux éditeurs (et aux lecteurs aussi), peu d'entre eux osent prendre
le risque.
Comment as-tu pris contact avec Ankama et comment se sont déroulés
les entrevues ?
J'avais offert mon dernier fanzine à Run à Japan Expo en 2007, il a bien
aimé donc je suis revenue vers lui quand j'ai contacté des éditeurs
pour Debaser. J'ai juste présenté un dossier à distance et il m'a
fait parvenir rapidement le contrat. Comme le courant passait bien
entre nous, un entretien n'a pas été nécessaire.
Qu'est-ce qui leur a plu dans ton travail ?
La localisation française du projet : l'histoire est ancrée dans la
culture française, sur le même principe que les mangas japonais (un
univers familier pour une forte identification du lecteur). Mon dessin a
aussi plu à Run, heureusement car il rebutait pas mal de gens haha !
On voit que bien sûr tes mangas
sont mâtiné de shonen, mais j'y ai aussi décelé de l'underground, c'est
très rock'n'roll !* Quelles sont tes références artistiques ?
J'aime beaucoup les dessins animés du studio Gainax (Evangelion, Gunbuster,
Gurren Lagann ...) et particulièrement de l'animateur Hiroyuki Imaishi (Deadleaves,
Gurren Lagann ...) et l'énergie pop qu'ils dégagent. Je suis
aussi très fan d'auteurs anglo-saxons underground comme Jhonen Vasquez,
Jim Mahfood et Jamie Hewlett. Et tout un paquet d'artistes japonais
divers et variés. Il y a tellement de styles différents chez les
Japonais, c'est très stimulant.
* NDLR : Debaser est le titre d'une chanson des Pixies et parle d'un monde où le rock est interdit (cf. résumé en fin d'article).
En tant qu'auteur manga française, observes-tu des réticences du
public concernant ce genre de publication? Ne préfèrent-t-il pas les
mangas nippons?
Oui, indubitablement ! Je me rends compte que beaucoup de gens passent à
côté par peur du manque de professionnalisme des français en matière de
création de manga. On se fait même parfois taxer d'opportunisme
commercial par les "otakus", alors que nous aussi, auteurs, avons grandi
avec les mangas et le club Dorothée, notre démarche est donc sincère.
Je reçois parfois des mails de lecteurs qui ont longtemps tourné autour
de Debaser sans oser l'acheter, troublés par le sens de lecture
français, le dessin hybride ... Ma démarche n'est pas de singer les
mangas japonais (les Japonais maitrisent leur art à la perfection), mais
de mixer ces influences visuelles (dessin, narration, ...) avec des
thèmes français (humour, univers, situations ...). Les mangas japonais
sont passionnants et fascinants, mais il reste toujours une petite
barrière d'identification, car les héros ont des réactions et des
caractères japonais. Des héros français n'auraient pas les mêmes
réactions, c'est là la force d'un manga français.
De plus en plus de gens lisent des mangas, depuis longtemps, donc on devrait voir arriver de plus en plus d'auteurs au style hybride. Et là, le manga français trouvera surement sa place dans les bibliothèques françaises ! ^^
Tu peux nous gribouiller un petit quelque chose vite fait?
Un grand merci à Raf pour sa sympathie et à Mélanie pour ses questions judicieuses !
Raf a publié Debaser aux éditions Ankama
3 tomes actuellement parus
6€40 le tome
Le pitch :
Paris 2020. Mundial, la major du disque, impose à la France sa pop
mielleuse et fade. Toute autre forme de musique est interdite. Le
gouvernement sécuritaire est partie prenante dans l’abrutissement des
masses. Réunis un peu malgré eux, deux jeunes, Joshua le rebelle et Anna
l'intello, vont livrer une « Battle of Paris », hommage clin d’œil au
groupe Rage Against The Machine et à son célèbre « Battle of Los Angeles
», lui-même inspiré des émeutes raciales de 1992 aux États-Unis.
Attention, quand on joue du son prohibé et subversif, il faut courir
vite, très vite face à la répression étatique. « Let's Rock ! »
Vous pouvez aussi retrouver Raf sur son blog, Calm like a Bomb.
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Et, puisqu'on en parle, un petit peu de Pixies ne nuit pas à la santé,
montez donc le son et poussez les meubles !









