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Avr

Une année Animasia 2018 pour célébrer les 160 ans de relations diplomatiques franco-japonaises !

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Shinzo Abe, premier ministre du Japon, et Emmanuel Macron lors de l’Assemblée générale des Nations unies, japantimes.co.jp

Cette année, c’est le 160ème anniversaire des relations diplomatiques franco-japonaises. Et c’est en cet honneur que l’édition 2018 du festival Animasia comme la programmation du cycle Animasia « Hors les Murs » sont entièrement consacrées au Japon !

Dans l’Histoire, France et Japon ont pu avoir des rapports très variables. Et ce dans de nombreux domaines : politique, économie, art, culture, … Aujourd’hui, ils se vouent une passion réciproque. La France est la première destination européenne au départ du Japon. Ainsi que le deuxième consommateur de manga au Monde derrière lui. Mais si elles semblent idéales aujourd’hui, ces relations étaient bien plus complexes au départ.

1858 – 1868, une rencontre mouvementée

Replaçons un peu le contexte. À la fin du XIXe siècle, le Japon est encore fermé aux relations commerciales avec l’extérieur à cause du régime isolationniste du shogunat Tokugawa. Un commodore américain, Perry, s’installe dans la baie d’Edo (l’ancienne Tôkyô) en 1853 pour forcer les Japonais à s’ouvrir au commerce international. La supériorité technologique des occidentaux (cristallisée par les immenses bateaux noirs du commodore) est indéniable. La pression est forte. Et les représentants du shogunat se trouvent obligés de signer un traité en la faveur des américains à Kanagawa en 1854. Ce sont ensuite la Grande-Bretagne, la Russie, mais aussi la France, qui ferons de même en 1858. Mais, démontrant ainsi ses faiblesses, le système du shogunat commence à vaciller. C’est le début du bakumatsu ou « fin du shogunat ».

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L’Empereur Kômei ayant exercé de 1846 à 1867, wikipedia.org

La violence grandit envers les étrangers, des meurtres ont lieu tous les mois, et le conflit devient ouvertement armé en 1863. À l’origine du phénomène : l’Empereur désapprouve les traités signés et proclame son « Ordre d’expulser les barbares ». Deux clans en particulier, les Chôshû et les Satsuma, décident de le suivre. Défiant le shogunat, ils se mettent alors à mener des attaques contre les étrangers. Le shogun est alors obligé de se ranger du côté de l’Empereur. Les Occidentaux prennent ces événements comme une déclaration de guerre.

le détroit de Shimonoseki est alors le lieu d’une intervention militaire française, parmi d’autres occidentales. Jusqu’à ce que l’Empereur accepte en 1865 de mettre fin à son opposition au traité. Il permet alors au shogunat de reprendre les négociations avec les Occidentaux.

L’Occident et le shogunat se réunissent pour moderniser le Japon

Les Français notamment, par une mission militaire envoyée en 1867, aident le shogunat à moderniser son armée. Mais les clans Chôshû et Satsuma ont signé une alliance depuis 1866. Ils parviennent plusieurs fois à prendre la victoire sur l’armée shogunale à plusieurs reprises.

Ces clans de l’ouest se sont eux aussi rapidement modernisés et souhaitent revoir le pouvoir entre les mains de l’Empereur. Ils marchent vers Kyôto pour forcer l’Empereur à établir un édit qui mettrait fin au système du shogunat. Ce qu’il fait en 1867. Le shogun alors au pouvoir accepte cet édit, abandonne son titre, et quitte la cour impériale. Les clans Chôshû et Satsuma prennent d’assaut le palais impérial et proclament leur propre restauration le 3 janvier 1868. Le Japon est alors sur le point de se transformer drastiquement, c’est le début de l’ère Meiji. Et, malgré qu’ils se soient battus avec les forces shogunales, les Français viendront en aide au nouveau gouvernement.

De l’ère Meiji (1968 – 1912) jusqu’à la Seconde Guerre mondiale : la France donne un coup de main au Japon en pleine modernisation

Le but du nouveau gouvernement Meiji, c’est de moderniser le Japon au plus vite et dans de nombreux domaines. Il faut pouvoir traiter d’égal à égal avec les puissances occidentales. Les progrès prévus concernent l’industrie, le commerce, les moyens de transport, l’économie (il faut créer une nouvelle monnaie : le yen), le système politique, le droit, les forces armées, etc…

Le mot d’ordre : « esprit japonais et méthodes occidentales ». Comme ils l’avaient fait avec la Chine entre les VIe et IXe siècle, les Japonais s’inspirent grandement de l’Occident pour mettre en place leurs innovations. Entre autres exemples : la nouvelle constitution de 1889 est d’inspiration allemande (monarchie parlementaire donnant de larges pouvoirs à l’exécutif et un rôle limité au parlement) ; un nouveau système éducatif d’inspiration américaine est mis en place ; et l’organisation administrative et territoriale est recrée sur le modèle français (abolition du système han et création des préfectures en 1871).

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Représentation de l’usine de soie de Tomioka, free-age.jp

Dans cette période, de nombreux français partent au Japon pour participer à ce phénomène. Pensons par exemple à Paul Brunet, fondateur de la première usine moderne de fabrication de soie à Tomioka en 1872 ; à l’expert en droit Gustave Emile Boissonade qui est envoyé pour achever la construction du système de lois moderne en 1873 ; ou encore à Auguste Gérard, premier ambassadeur de France au Japon de 1906 à 1913, qui consolida l’amitié franco-japonaise dans la perspective d’une guerre contre l’Allemagne.

Ce travail de modernisation est un succès et, en à peine 35 ans, le Japon est parvenu à passer d’un régime féodal à un système politique moderne. Il est désormais capable de rivaliser avec les puissances occidentales ! Ce succès se trouve cristallisé dans la victoire du Japon en 1905 à la fin de la guerre russo-japonaise.

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et ensuite

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Institut franco-japonais de Tôkyô, wikipedia.org

Après l’ère Meiji, les relations franco-japonaises sont restées plus sporadiques. On notera tout de même l’inauguration de la première ligne aérienne entre les deux pays en 1924. Mais la guerre franco-thaïlandaise (où le Japon soutient la Thaïlande) et la Seconde Guerre mondiale freinent encore un peu plus ces relations déjà ralenties.

1952 verra la création de l’institut franco-japonais de Tôkyô.

Une influence du Japon vers la France : la naissance du japonisme

En parallèle, quand les Français ont commencé à côtoyer régulièrement les Japonais, les productions artistiques n’ont pas tardé à circuler. Qu’il s’agisse de musique, de littérature, ou de beaux-arts, les Japonais ont vite manifesté de la curiosité à l’égard de la production artistique française.

Mais c’est dans l’autre sens que l’influence a été la plus importante. Le Japon envoie pour la première fois une délégation à l’exposition universelle de 1867 qui prenait alors place à Paris. L’art japonais, particulièrement les estampes ukiyo-e (dont Hiroshige et Hokusai sont des représentants), attire l’œil des élites culturelles et des artistes français. C’est ainsi que va naître le courant artistique du japonisme qui perdurera jusqu’à la fin du XIXe siècle. Il touchera particulièrement les impressionnistes (Van Gogh, Manet, Monet) et les artistes de l’art nouveau. Certes la peinture est la plus concernée par ce courant. Mais il est important de noter qu’il a aussi touché les arts décoratifs, la musique, ou encore la littérature.

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Hiroshige, Cent vues d’Edo no 52, Le Pont Ôhashi et Atake sous une averse soudaine (1857) et Van Gogh, Japonaiserie, Pont sous la pluie (1888), Musée Van Gogh, Amsterdam, printerest.fr

Depuis les années 1990 : une passion réciproque grandissante

Depuis les années 1990, la France se tourne encore un peu plus vers le Japon. Elle lance en 1992 le programme « le Japon c’est possible » destiné à encourager l’exportation vers l’Archipel. Ce sera un succès : dans la période 1993 – 2004 le montant des échanges commerciaux entre les deux pays a augmenté de 50 % ! La France se plaçant ainsi en troisième position en termes d’investissements au Japon. La présidence de Jacques Chirac (1995 – 2007) verra des échanges encore plus appuyés. L’ex-président s’est en effet rendu sur l’Archipel pas moins de quarante fois.

Les deux pays travaillent alors ensembles à de nombreuses reprises, notamment lors de missions humanitaires contre le sida et le sous-développement dans des pays africains (Djibouti, Madagascar, Ouganda). Depuis 2005, on compte environ 30 000 japonais qui vivent en France contre 9 000 français au Japon en 2008.

Mais les échanges les plus importants sont sans aucun doute ceux qui se font au niveau culturel, particulièrement depuis les années 2000. Le Japon adopte la stratégie du « Cool Japan », une forme de soft-power japonais qui passe notamment par l’exportation de la culture populaire japonaise à l’international, qu’il s’agisse des idols, des anime, ou de la gastronomie. Il s’agit de diffuser massivement la culture japonaise à l’étranger. En France, ça s’est traduit par l’apparition de nombreuses séries animées, films d’animations, et mangas.

Une arrivée massive et remarquée de produits culturels japonais

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Affiche d’Akira (Katsuhiro Ôtomo, 1988)

Il s’était jusque là essentiellement contenté d’envoyer des produits électroniques jusqu’en France. Mais le Japon décide à la fin du XXe siècle de diversifier ses exportations. Que ce soit dans le domaines de l’animation, du jeu-vidéo ou du manga, quelques dates sont à noter. Le premier épisode de Goldorak (Masayuki Akihi et Tomoharu Katsumata, 1975 – 1977) est diffusé en 1978 dans l’émission Récré A2 présentée par Dorothée sur Antenne 2 et ne manque pas de faire débat. Akira (Katsuhiro Ôtomo, 1988) sort sur les écrans français en 1991 et « remplit depuis une semaine les deux salles où il est projeté » (note 1). Il ne manque pas de marquer fortement le public et de troubler la critique.

Mais c’est le début des années 2000 qui restera le plus marquant. Les versions Pokémon Rouge et Bleu paraissent en 1999 précédées de peu par la série animée. Le succès est énorme mais c’est Pokémon le film : Mewtwo Contre-attaque (Kunihiko Yuyama, 1998) qui le cristallisera. Lors de sa sortie française en 2000, il fait plus de 2 000 000 d’entrées. C’est, encore aujourd’hui, le premier succès de l’animation japonaise au box-office français. 2000, c’est aussi l’année de la véritable entrée des studios Ghibli dans les salles françaises. Princesse Mononoke (Hayao Miyazaki, 1997), malgré qu’il n’ait été diffusé que dans peu de salles chez nous, fait plus de 700 000 entrées et permet à Miyazaki d’accéder au rang d’auteur reconnu en France, tandis que l’animation japonaise obtient enfin une légitimité aux yeux des publics cinéphiles.

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Le logo des studios Ghibli, hypebeast.com

Du côté des mangas, c’est aussi en 2000 et en 2002 que paraîtront les premiers tomes des mangas One Piece (Eichirô Oda) et Naruto (Masashi Kishimoto). Les deux séries rencontreront vite le succès que l’on connait.

Une porte royale pour la culture japonaise

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Naruto mangeant des ramen, Naruto (Hayato Date, 2002 – 2007)

Suite à tous ces succès les critiques et universitaires ont commencé à se pencher sur ce cinéma d’animation encore méconnu à l’époque. Et de son côté, une communauté de fans de plus en plus grande s’est créée sur le net. Que ça parte d’une volonté explicite (c’est le cas pour les studios Ghibli) ou que le processus reste inconscient, la culture japonaise transparaît dans les œuvres. Des pratiques quotidiennes anodines sont découvertes par le public français. Tandis que la « grande » culture traditionnelle japonaise est adaptée dans les films d’Hayao Miyazaki ou dans Naruto.

Les français se passionnent pour cette culture et la mettent en avant par divers moyens. Des magazines comme Mangazone et AnimeLand voient le jour en 1990 tandis que la première édition de la Japan Expo à Paris a lieu en 1999. De nombreux événements similaires prendrons la suite comme le Toulouse Game Show à Toulouse ou encore le festival Animasia à Bordeaux qui a vu sa première édition en 2005 !

La France se met ensuite à son tour à créer des œuvres inspirées de celles japonaises. Quelques séries de mangas, mais aussi des franchises entières comme Dofus. L’éditeur Ankama Games ayant lancé le jeu-vidéo à l’origine de la franchise en 2004.

Aujourd’hui, la France est le deuxième consommateur de mangas au Monde. Elle devient ainsi de plus en plus « l’autre pays de l’anime » (note 2).

Une passion culturelle qui va dans les deux sens

Notons également que, de son côté, le Japon est lui aussi passionné de culture française. On sait que la gastronomie de notre pays a influencé celle japonaise, et que plusieurs mangas comme La Rose de Versailles (Riyoko Ikeda, 1972 – 1973) prennent la France comme cadre géographique et historique.

Des émissions récurrentes sont consacrées à la France sur les télés japonaises et présentent un(e) japonais(e) en visite dans l’Hexagone. On trouve également à Tôkyô de nombreuses boulangeries à la française. Tandis que les rendez-vous romantiques privilégient les restaurants français qui sont aussi nombreux. Aujourd’hui, la France est la première destination européenne au départ du Japon.

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Une boulangerie française à Tôkyô, printerest.fr

Animasia 2018, une célébration de ces 160 ans de relations franco-japonaises

Depuis qu’il a quitté l’isolationnisme pour une politique plus démocratique, jusqu’à aujourd’hui et son succès massif grâce à sa production culturelle, le Japon est un partenaire de choix pour la France. Les deux pays se sont entraidés lors de la montée en puissance de l’Archipel entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Aujourd’hui, ils se passionnent chacun pour la culture de l’autre et s’attachent à la mettre en avant auprès de leurs citoyens.

C’est pour célébrer ces 160 ans de relations diplomatiques que nous centrons l’édition 2018 du festival Animasia sur le Japon ! Que ce soit la culture traditionnelle japonaise ou celle plus populaire ; que ce soit par le cinéma, le manga, les arts traditionnels, le jeu de société, ou des pratiques culturelles comme le karaoké ; le Japon est et sera mis en avant sous tout ses aspects dans nos événements de cette année 2018.

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musique-en-live.com

Rendez-vous donc pour Animasia le Haillan le 28 avril prochain, Animasia les 13 et 14 octobre 2018, et pour tous les événements organisés dans l’année dans le cadre du cycle Animasia « Hors les Murs ». Nous comptons sur vous pour venir mettre le Japon à l’honneur, et à bientôt !

 

1 T. Sottinel, « Un film mutant », Le Monde, 17 mai 1991

2 J. Bouvard, « Préface », L’Animation Japonaise en France, Réception, diffusion, réappropriations, dir. M. Pruvost-Delaspre, Paris, L’Harmattan, 2016, p. 19.

Auteur : Simon Morgan

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