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26
Avr

ANIMASIA « HORS LES MURS » JAPON – La cérémonie du thé, boire du thé pour toucher l’éveil

Le goût du thé

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The Taste of Tea (Ishii Katsuhito, 2005)

Personnellement, j’aime bien boire du thé. De temps en temps. Je pense que c’est ancré dans mes habitudes culturelles et c’est vrai que pour se motiver à travailler c’est plutôt pas mal. Car oui, la théine c’est comme la caféine, ça réveille. Mais c’est là une activité qui est loin de toute considération artistique. Mais ce n’est pas le cas au Japon !

En effet là-bas, depuis le XVe siècle et le moine Murata Shûko, la cérémonie du thé (ou chanoyu) est un art traditionnel au même titre que l’ikebana ou la calligraphie. Tous les gestes y sont codifiés et plusieurs règles sont à respecter pour que l’expérience soit optimale. Notons qu’il existe plusieurs styles de cérémonie du thé et que celui qui va nous intéresser ici est le plus connu d’entre eux : le style wabi ou « simple et sain ».

Commençons par retracer l’Histoire de cet art du IXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Une histoire qui remonte au cœur du Japon traditionnel

D’après la légende, un moine bouddhiste aurait ramené le thé de Chine au IXe siècle. Ce dernier en aurait offert à l’Empereur et en aurait planté les premiers plants sur l’Archipel. Cependant, ce n’est qu’aux XIIe et XIIIe siècles que des religieux en voyage en Chine découvrent l’art du thé et le ramènent au Japon. D’abord approprié par des moines et des samouraïs, la cérémonie du thé trouvera une forme typiquement japonaise entre les mains du moine Murata Shûko (1423 – 1502).

Shûko a en effet l’intuition que la cérémonie du thé peut être une voie d’accès à l’éveil dans le zen. Il crée donc un style de cérémonie du thé qui, dans sa forme, met en avant les idéaux de simplicité et de proximité avec la Nature prônés par le courant zen. C’est la naissance de la cérémonie du thé de style simple et sain ou wabi-cha !

L’apport de Sen no Rikyû

Sen no Rikyû (1522 – 1591) est un grand Maître de thé et l’une des figures principales du style wabi. Il est également poète et Maître en arrangement floral. C’est lui qui a servi les taikô Nobunaga Oda (1534 – 1582) et Hideyoshi Toyotomi (1537 – 1598). Les deux étant connus pour être les deux premiers des trois unificateurs du Japon pendant l’époque Sengoku.

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Un bol de style raku, vivrelejapon.com

Rikyû a précisé encore un peu plus la forme de la cérémonie du thé. Il lui a par ailleurs énormément apporté en faisant créer la poterie de style raku par le potier Tanaka Chôjirô. Pour les brigands parmi vous qui n’auraient pas bien lu mon article sur les haïkus et le courant zen (insérer le lien vers l’article dès qu’il sera publié), sachez que le style raku se caractérise par le fait qu’il témoigne des deux concepts esthétiques japonais wabi (beauté dans l’épurement) et sabi (beauté dans les traces du passage du temps). En effet la forme simple des bols de style raku rappelle wabi. Tandis que les imperfections qu’ils présentent les rapprochent de sabi.

En 1591, Hideyoshi donne l’ordre à son Maître de thé de se suicider. Ce qu’il fera. Les raisons de cette décision du taikô sont toujours obscures. Yasushi Inoue y consacre un roman, Le Maître de thé (1981). Le moine Honkakubô, disciple de Sen no Rikyû, y cherche à percer les mystères du suicide de son Maître.

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Le Maître de thé (Yasushi Inoue, 1981)

La cérémonie du thé de style wabi, comment ça marche ?

Une mise en place codifiée et millimétrée

Le lieu tout d’abord. Pas question de réaliser une cérémonie du thé n’importe où ! La salle est généralement de petite taille et reste décorée très sobrement. Elle se trouve elle-même, dans la plupart des cas, dans une petite maison prévue à cet effet, située dans un jardin, le chashitsu.

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Un chashitsu, muza-chan.net

À l’arrivée des invités, après la consommation d’un peu de nourriture, la cérémonie du thé commence véritablement. Le Maître nettoie ses accessoires avec un linge de soie, le chakin. Puis il les dispose dans l’ordre dans lequel il va les utiliser. Les gestes sont précis mais simples. Le Maître prépare le thé, laissant les invités se détendre, puis le sert. Les invités boivent tour à tour dans le même bol ou chacun dans un bol différent selon si le thé est fort ou pas. Ils témoignent parfois leur appréciation par un bruit de gorge, puis le(s) bol(s) est/sont rendu(s) à l’hôte. Ce dernier procède au nettoyage puis chaque invité a généralement la possibilité d’examiner les accessoires. Le Maître les présentera et citera l’artisan qui les a créés. Puis la cérémonie prendra fin.

Les ustensiles sont en effet particulièrement importants. Ils sont généralement sans prix et irremplaçables. Ils portent généralement des noms poétiques pour renforcer leur caractère unique. Les bols en particulier sont essentiels et chacun d’entre eux peut être dédié à une saison.

Une pratique ancrée dans le courant zen

Quant elle a été créée par Murata Shukô, la cérémonie du thé de style wabi se voulait être une voie vers l’éveil dans le zen. C’est la Voie du thé ou chadô. De même qu’il existe la Voie des fleurs, kadô, ou la Voie de l’encens, kôdô.

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blog.com

Ce moment permet de prendre pleinement conscience du temps présent et de ressentir le calme dans le mouvement. L’écume, la mousse et le parfum du thé apaisent les soifs du corps et de l’esprit et permettent de retrouver le chemin de la nature. (note 1)

On retrouve bien des similitudes avec par exemple l’art du haïku qui, lui aussi, puise sa forme et son esprit dans la pensée zen. On retrouve en effet cette importance de savoir saisir le temps présent. Mais aussi ces idéaux d’épurement et de proximité avec la Nature qui sont si chers au courant zen et aux arts qui s’en inspirent.

D’autres arts entrent en jeu

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Un tokonoma orné d’un kakemono et d’une composition chabana, printerest.com

Nous en avions parlé dans notre article à propos de l’ikebana, il est courant de trouver un tokonoma dans les maisons traditionnelles et les salons de thé. C’est-à-dire une alcôve dans laquelle sont disposés un kakemono (peinture ou calligraphie en rouleau destinée à être accrochée à, par exemple, un mur) ainsi qu’une composition florale. Et on retrouve systématiquement un tokonoma dans les salles destinées à la cérémonie du thé. Le kakemono comme la composition florale sont préparés à l’avance par l’hôte. Les invités sont conviés à aller les contempler et à s’en inspirer au début de la cérémonie.

La composition florale n’est ici généralement pas du style ikebana, mais plutôt chabana. Un style de composition florale très simplifié créé spécifiquement pour la cérémonie du thé. Il consiste le plus souvent en la mise en place d’une seule fleur penchée vers l’hôte dans un vase simple.

Préparez-vous à vous mettre sur votre 31

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Cha no yu (Yôshû Chikanobu)

En effet, un atelier cérémonie du thé dans le cadre d’Animasia « Hors Les Murs »  est prévu dans peu de temps, le 2 juin plus précisément ! Mais la cérémonie du thé, ça se pratique en kimono. C’est pourquoi cet atelier sera aussi l’occasion d’en enfiler. Plus d’informations bientôt et rendez-vous sur notre article pour plus de détails sur cet habit traditionnel japonais.

En espérant vous retrouver nombreux, à bientôt !

 

1 : J-L. Toula-Breysse, Que sais-je ? Le Zen, Paris, Presses Universitaires de France, 2008, p. 74.

Auteur : Simon Morgan

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