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7
Mar

ANIMASIA « HORS LES MURS » JAPON – L’ikebana, l’arrangement floral au Japon

Ikebana : découvrez tout ce qu’il y a à savoir avant notre atelier du 21 mars !

L’ ikebana, un pilier de l’art traditionnel japonais

En France, c’est une part reconnue du travail des fleuristes que d’arranger des fleurs pour constituer un bouquet par exemple. Mais l’arrangement floral n’est à aucun moment considéré officiellement comme un art. Au Japon, c’est l’inverse. Là bas un chrysanthème dans un vase d’argile, dont la tige et les feuilles auraient été habilement disposées, constitue une œuvre d’art d’une aussi grande valeur qu’une peinture à l’encre noire de Sesshû, ou un poème de Bashô. Asymétrie, espace et profondeur sont les maîtres mots de l’ ikebana.

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Un tokonoma, ikebanastudio.uk

Des moines bouddhistes ont apporté cette pratique sur l’Archipel depuis la Chine au VIe siècle par. Elle ne trouvera son nom qu’au XVIe siècle : « ikebana », ou « art de faire vivre les fleurs ».

On retrouve souvent des compositions florales dans les maisons traditionnelles ou les maisons de thé. Elles sont généralement présentes à côté de peintures à l’encre ou de calligraphies dans des alcôves prévues à cet effet, les tokonoma. C’est là une invention qui remonte au temps du shôgun Ashikaga Yoshimasa (1436 – 1490).

Un art de l’épurement imprégné par la pensée zen

À l’inverse de l’arrangement floral à l’occidentale qui recherche la profusion et la multiplicité des couleurs, l’ ikebana reste marqué par l’épurement. Un vase des plus simples dans lequel on dispose quelques fleurs habilement agencées et disposées. C’est précisément de cet épurement que se dégage la beauté.

Et c’est ce même idéal d’épurement que l’on retrouve dans la pensée zen ! Le disciple a pour but d’atteindre l’éveil (satori), il lui faut alors épurer la vision qu’il a du Monde. Il doit réussir à capter l’essence de ce qu’il voit pour pouvoir s’en émerveiller, quitte à mettre de côté toute quête de vérité. Mais l’épurement est aussi un travail à faire sur soi : il peut s’agir d’isoler chaque sensation et de méditer dessus ; ou encore de travailler à oublier tout désir, toute émotion, voire même toute trace du « moi ». Ainsi jusqu’à ce que se découvre l’essence fondamentale de l’être, qui est la même que celle du Monde : la véritable nature du Bouddha.

Nous savons en plus que ces compositions s’articulent autour de trois points principaux qui symbolisent le ciel, la terre et l’humanité. Et Jean-Luc Toula-Breysse (journaliste-rédacteur dans le domaine culturel et cultuel spécialement concernant l’Asie et le Japon) nous dit à propos de l’ ikebana qu’il est un « moyen de parvenir à la vie spirituelle, il symbolise l’harmonie entre l’homme et la nature. »* En plus de partager sa quête d’épurement avec le zen, l’ ikebana est, comme lui, une voie vers la compréhension de l’harmonie profonde entre l’homme et la Nature. C’est ainsi qu’on le nomme également souvent kadô ou « voie des fleurs ».

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Graphisme du saule tortueux, ikeventiel.fr

 

De l’ ikebana jusque dans Pokémon !

L’exemple suivant vient de Pokémon ! Je suis certain qu’il attirera votre curiosité. Dans l’épisode 34 de la 17ème saison, « Les liens de la Méga-évolution », la championne d’arène de Yantreizh, Cornélia, et son lucario, se rendent sur la montagne du Zeste accompagnés par Sacha et de ses amis. Ils doivent y rencontrer une vieille dame du nom d’Amalia. Elle leur apprendra à maîtriser la Méga-évolution.

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Cornélia et Lucario, Pokémon, saison 17, épisode 34, « Les liens de la Méga-évolution »

La Méga-évolution étant une évolution supplémentaire à laquelle peuvent accéder certaines espèces de pokémon. Le tout, grâce à une méga-gemme qui leur est propre ainsi qu’à une gemme sésame portée par le dresseur. Ce phénomène nécessite une harmonie parfaite entre le dresseur et son pokémon. C’est ce qui fait encore défaut à Cornélia et Lucario. Alors, à la place de l’entraînement intensif attendu, Amalia demande à la dresseuse et à son pokémon de partir contempler les montagnes, et de faire de l’arrangement floral. Ce qui ne manque pas de les interroger. Pourtant c’est bien de cette manière qu’ils parviendront à faire se concorder leurs deux regards sur le Monde, tout en s’identifiant à lui, et finiront enfin par maîtriser la Méga-évolution.

L’harmonie florale dans Pokémon

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Pokémon, saison 17, épisode 34, « Les liens de la Méga-évolution »

Notamment dans la profusion dont elles témoignent, les compositions florales présentées ressemblent plus à celles occidentales. Ce qui reste pertinent puisque la saison de l’anime concernée prend place à Kalos. Une région fictive inspirée de la France. Mais la théorie qui les entoure et l’esprit dans lequel elles sont conçues sont ceux de l’ ikebana. En s’identifiant inconsciemment aux compositions florales tout en les créant – Amalia parvenant à déceler la nature de la relation entre le dresseur et son pokémon simplement en observant les créations – Cornélia et Lucario trouvent dans l’arrangement floral un moyen d’atteindre une harmonie spirituelle qui leur permet de maîtriser la Méga-évolution. Ajoutons que dans la mesure où les pokémons sont des représentants de la Nature dans l’univers de la franchise, puisqu’elles traduisent le rapport entre dresseur et pokémon, ces compositions représentent, comme dans l’ ikebana, une harmonie entre l’homme et la Nature.

Empruntons à notre tour la voie des fleurs

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Bois dur et tendres ancolies, ikeventiel.fr

Dans le cadre d’Animasia « Hors Les Murs », nous vous donnons rendez-vous le 21 mars prochain dans l’espace partagé de travail et de création : La Chiffone Rit, pour un événement ikebana à l’occasion de l’équinoxe de printemps (Shunbun no hi). Nous serons accompagnés pour l’occasion par la designer floral et formatrice ikebana, Béatrice d’IKéVentiel.

Peut-être que ce sera là l’occasion pour nous d’atteindre l’éveil ! Sinon de faire de belles compositions florales. Venez nombreux !

 

* J-L. Toula-Breysse, Que sais-je ? Le Zen, Paris, Presses Universitaires de France, 2008, p. 89-90.

Auteur : Simon Morgan

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