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5
Juin

ANIMASIA « HORS LES MURS » JAPON – Pokémon, Ho-Oh et les histoires de la tour Cendrée de Rosalia

Avec déjà plus de vingt ans d’existence, la franchise Pokémon a pu développer un univers vaste. De multiples créatures, des lieux divers et variés, et une foule de légendes et d’histoires. Aujourd’hui nous allons nous pencher sur les récits qui entourent la Tour Cendrée de Rosalia.

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La représentation de la ville de Rosalia dans Pokémon Or HeartGold et Argent SoulSilver (2009), alfabetajuega.com

Un univers ancré dans la réalité du Japon

Comme vous le savez peut-être, les régions du Monde Pokémon se basent systématiquement sur des régions réelles du Japon ou, depuis la cinquième génération, d’ailleurs dans le Monde. Ainsi pour la région de Johto correspondant à la deuxième génération de pokémon (1999 – 2002). Elle est en effet basée sur celle japonaise du Kansai ainsi que sur l’ouest de celle de Chûbu.

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Mont Hiei et cerisiers en fleurs vus de Kyôto, wikipedia.org

Nous retrouvons donc à Johto de nombreux lieux qui font écho au Kansai. Notamment des lieux naturels comme le lac Courage, qui représente le lac Biwa, le plus grand du Japon. Ou encore le mont Creuset qui rappelle quant à lui le mont Hiei. Mais des villes japonaises trouvent évidemment aussi leur équivalent dans Pokémon. C’est le cas d’Ôsaka, transposée en Doublonville, ou du haut-lieu de la région, Kyôto que l’on retrouve en Rosalia.

Rosalia/Kyôto, au cœur des traditions japonaises

Kyôto est probablement, avec Tôkyô, l’une des deux villes les plus connues du Japon. Et pour cause, elle a été la capitale de l’Archipel de 794 à 1868. Grâce à la présence de la famille impériale, mais aussi et surtout du shogunat Ashikaga (1336 – 1573), Kyôto est aujourd’hui aussi une capitale des arts et d’architecture. En effet, elle possède un patrimoine architectural extrêmement important. Il comprend quelques deux-mille temples, jardins, palais et autres merveilles d’architecture féodale. Tout cela fait qu’aujourd’hui, on voit souvent Kyôto comme la ville japonaise traditionnelle par excellence. Même si elle est aussi une ville moderne.

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Le quartier traditionnel de Gion à Kyôto, journaldujapon.com

Avec Rosalia, la franchise Pokémon fait le choix de ne représenter que le Kyôto traditionnel. Elle choisit de baser le schéma de la ville sur celui des anciennes capitales. Une forme rectangulaire avec des rues qui suivent un plan orthogonal et dont la principale mène à la résidence impériale. De plus, tout dans la ville tend à rappeler le Japon féodal : l’architecture traditionnelle, les routes de terre, les filles habillées en geishas qui se déplacent dans les rues, ou encore ce festival qui a lieu dans la série animée. Y-sont mis en avant les arts traditionnels de la cérémonie du thé, du koto, ou de l’ikebana. Mais ici, point de palais impérial. Ce n’est pas un Empereur qui gouverne Johto. Et ce sont les tours Cendrée et Carillon qui se dressent à l’extrémité nord de la ville. Toutes deux inspirées du temple du Pavillon d’or de Kyôto.

La tour Cendrée, avatar du temple du Pavillon d’or

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Le Pavillon d’or du Kinkaku-ji, visioterra.com

C’est le shogun Yoshimitsu Ashikaga qui bâtit le temple en 1397. Au départ une résidence, il devint un temple bouddhiste à la mort du shogun en 1408 et fut rebaptisé Rokuon-ji. Aujourd’hui, on le nomme cependant usuellement Kinkaku-ji (temple du Pavillon d’or). À l’exception du rez-de-chaussée, ses façades sont en effet entièrement recouvertes de feuilles d’or.

Et là où le lien entre le temple et la tour Cendrée de pokémon devient évident, c’est lorsque l’on remarque que la tour Cendrée servait par le passé à accueillir l’oiseau légendaire Ho-Oh. Incarnation de l’arc-en-ciel et au premier plan dans le jeu de 1999 Pokémon Or. Que l’on retrouve en l’ornement sur le toit du Pavillon d’or : un phénix recouvert de feuilles d’or.

Une transposition d’une religion à l’autre

Si le temple du Pavillon d’or est un temple bouddhiste de l’école Rinzai, la tour Cendrée rappelle plutôt un sanctuaire (jinja) shintoïste. En effet, les jinja sont eux aussi des lieux de résidence pour les divinités du shintoïsme (ou kami). Les gens peuvent s’y rendre pour entrer en contact avec le kami. Dans pokémon c’est la même chose. Lors de ses visites, Ho-Oh accepte que les gardiens de la tour viennent auprès de lui.

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Ho-Oh dans la tour Cendrée, Pokémon, saison 4, épisode 24

Par-là, l’oiseau légendaire s’apparente en plus à un kami. Il partage avec eux le fait d’être l’incarnation d’un élément naturel, ici l’arc-en-ciel ; et il est, comme eux, respecté non pas forcément pour un rôle qu’il jouerait dans la cosmogonie du Monde pokémon, mais simplement pour son caractère divin et sa puissance.

Quand l’histoire change

Un point commun historique réunit aussi les deux bâtiments. L’un comme l’autre ont été détruits par un incendie au cours de leur histoire.

Le drame arriva en 1950 pour le Pavillon d’or de Kyôto, un moine jugé mentalement déficient y mit le feu. Il sera cependant reconstruit sur ses cendres en 1955 (avec certains matériaux différents) puis fera l’objet de rénovations en 1987.

Tandis que dans Pokémon, c’est au cours d’une guerre que l’incident a eu lieu. Des envahisseurs sont arrivés à Rosalia quelques 150 ans auparavant pour essayer de détourner le pouvoir de Ho-Oh. Les hommes menèrent une bataille au cours de laquelle la tour pris feu. Ho-Oh s’enfuit, et on prend la décision de reconstruire le bâtiment à l’identique. Mais pas sur les cendres de l’ancien comme ce fut le cas pour le Pavillon d’or ! On a alors décidé de laisser les ruines de la tour en place, et de la reconstruire à côté sous le nom de tour Carillon pour accueillir Ho-Oh lorsqu’il reviendra. Mais pourquoi cette décision ?

Certaines personnes voulaient reconstruire la tour mais mes ancêtres [ceux du personnage qui parle] insistèrent pour qu’on la laisse en état afin qu’elle témoigne de la violence des hommes au fil des générations. (note 1)

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La tour Cendrée au premier plan et la tour carillon derrière, représentation de la série Pokémon Générations (2016), épisode 6, « Le Second éveil »

Un yurei-tour Cendrée

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Ring (Hideo Nakata, 1997)

Mais tout d’abord, qu’est-ce donc que cela ? Un yurei ? C’est un fantôme japonais, un mort qui traîne un peu plus avec les vivants sous une forme physique. Le yurei apparaît toujours pour rappeler et, si possible, combler un déséquilibre dans l’harmonie générale (wa). Ce déséquilibre peut être en l’être concerné, comme c’est le cas pour Sadako dans Ring (Hideo Nakata, 1998). La jeune fille revenant apparemment pour que l’on sorte son corps du puits dans lequel il a été jeté, puis qu’on le remmène vers la mort dans de meilleures conditions. Mais il peut aussi être plus général, c’est le cas avec la tour Cendrée !

Restant en ruines après l’incendie, le bâtiment semble bien être le fantôme de la tour détruite. Comme s’il était resté malgré la mort sous une forme incomplète. Rappelant constamment aux gens l’événement dramatique qui a eu lieu. La tour Cendrée partage en plus avec les yurei le pouvoir de modifier de manière illusoire l’apparence d’un lieu ou de refaire vivre un événement. En effet, lorsque Sacha et ses amis s’y rendent lors de leur passage à Rosalia, l’incendie semble démarrer de nouveau. Ce sont en fait des pokémon spectres résidant dans la tour qui sont à l’origine de l’illusion. Mais l’effet est le même, le passé refait surface !

La tour Cendrée comme témoin de la séparation des hommes et de la spiritualité

S’apparentant à un kami, Ho-Oh se fait en quelque sorte représentatif du shintoïsme. La religion fondamentale japonaise puisque la seule à trouver sa source sur l’Archipel. Le départ de Ho-Oh marque la séparation entre les habitants de Rosalia et la divinité qu’ils vénéraient. Or, puisque les habitants de Rosalia s’apparentent à ceux de Kyôto, qui est une ville représentative du Japon traditionnel dans son ensemble, on peut considérer qu’ils sont représentatifs du peuple Japonais tout entier. De fait, cette séparation se fait à son tour symbolique du détachement progressif des Japonais envers la spiritualité. C’est un phénomène que le Japon connaît aujourd’hui et que certains, dont apparemment les gens derrière Pokémon, déplorent.

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La tour Cendrée dans l’incendie, Pokémon Générations (2016), épisode 6, « Le Second éveil »

Ainsi ce détachement vient créer un déséquilibre dans l’harmonie qui se traduit par l’apparition d’un yurei en le bâtiment en ruines de la tour Cendrée.

Une conclusion qui reste optimiste

Finalement, Ho-Oh n’est jamais tout à fait parti. Avant de quitter Rosalia, il a, grâce à ses pouvoirs, rendu la vie à trois pokémon morts dans l’incendie. Le Vent du Nord fut réincarné en Suicune, le Volcan en Entei, et le Tonnerre en Raikou. Alors, Ho-Oh confia aux trois pokémon le rôle d’observer les hommes. Ils attendent depuis le jour où les hommes et les pokémon vivront de nouveau en harmonie pour inviter Ho-Oh à revenir. Les divinités n’ont pas disparu, elles se sont simplement éloignées un peu.

De leur côté, les hommes ont eux aussi fait un pas vers Ho-Oh en reconstruisant un bâtiment pour l’accueillir, la tour Carillon. Tout n’est décidément pas perdu !

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Pokémon, saison 1, épisode 1, « Le Départ »

La culture japonaise dans Pokémon

La problématique de l’éloignement des hommes et de leur spiritualité est récurrente dans le paysage audiovisuel japonais. Hayao Miyazaki, Kiyoshi Kurosawa et Mamoru Hosoda, entre autres, ont abordé le sujet.

Si la franchise aborde ce sujet avec toutes ces histoires autour de la tour Cendrée, elle en aborde régulièrement d’autres à d’autres moments. En effet, elle a toujours mis un point d’honneur à ancrer ses produits dans la culture japonaise. C’est ainsi que les pokémon font eux-même souvent référence à des créatures folkloriques japonaises par exemple. Il faudra revenir un jour sur Pokémon, la franchise a encore énormément de choses à nous faire découvrir !

En attendant, plusieurs événements bien chouettes sont prévus pour ponctuer le mois d’avril ! Karaoké, origami et jeux de société vous attendent, alors allez jeter un œil à la programmation d’ Animasia « Hors les Murs » de ce mois-ci,  je compte sur vous pour venir nombreux à tous ces rendez-vous !

 

1 : Pokémon, épisode 24, saison 4, « La Tour aux spectres ».

Auteur : Simon Morgan

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