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23
Avr

ANIMASIA « HORS LES MURS » JAPON – Le kimono traditionnel pour des activités traditionnelles

Kimono : une histoire déjà longue et de multiples déclinaisons pour le vêtement japonais traditionnel par excellence.

Le kimono : une définition vaste et sujette à variations

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Furisode, décor faisant allusion à la pièce de nô « Kikujidô ». Fin XVIIIe – début XIXe siècle. LACMA. wikipedia.org

Le terme « kimono » est originellement la contraction de « kiru » (« porter ») et de « mono » (« choses »). C’est donc une chose que l’on porte sur soi. Le terme désigne à la base n’importe quel vêtement. Mais aujourd’hui, la définition a évolué, et « kimono » ne sert à nommer que ces robes traditionnelles japonaises en forme de « T ». On porte généralement le kimono lors d’occasions spéciales. Mais prenez garde, le terme n’est pas le même lorsque l’on parle des vêtements portés dans les arts martiaux ! La confusion est courante par chez nous et je me devais de la prévenir.

Le kimono a beaucoup évolué au cours de l’Histoire du Japon, et n’a trouvé sa forme actuelle que pendant l’ère Edo (1600 – 1868). La forme du furisode notamment (que l’on a généralement en tête lorsque l’on pense à un kimono) s’est construite à ce moment-là. Ce kimono possède des manches plus longues, un obi (ceinture large que l’on noue généralement dans le dos) systématique, et des motifs qui couvrent tout le vêtement. Les kimonos masculins n’ont eux non plus pas beaucoup changé depuis cette époque.

Des kimonos par milliers

Pour femmes et pour hommes

Les kimonos féminins offrent une variété beaucoup plus vaste que ceux masculins. Mais, d’après la tradition, on doit choisir un kimono avec beaucoup de soin. En effet, en dehors des considérations esthétiques, les kimonos comportent des messages sociaux qui peuvent être très précis. Il existe donc de nombreux styles de kimonos féminins qui peuvent chacun définir le statut marital de la personne, son âge, ainsi que le caractère plus ou moins formel de l’événement concerné. Ainsi, le furisode est notamment porté lors du Seijin Shiki (cérémonie de passage à l’âge adulte), ou pendant des mariages. C’est le kimono le plus formel pour une femme célibataire.

Contrairement aux kimonos féminins qui impliquent une dizaine d’accessoires, ceux masculins n’en nécessitent que cinq au maximum. Ils sont généralement plus sombres, plus sobres, et d’une seule couleur. Les motifs, s’il y en a, restent discrets. Des couleurs plus vives restent possibles pour des kimonos moins formels.

Il existe un type de kimono parmi les plus connus que les hommes, les femmes, et même les enfants, peuvent porter. Il s’agit du yukata. Un vêtement informel, plutôt adapté à l’été, qui ne comporte pas de doublure et utilise des tissus légers. On le porte lors de festivals, mais aussi aux onsen (bains chauds japonais).

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Des japonais en yukata, adomicilio.com

Été comme hiver

Selon les matériaux utilisés et la forme donnée, un kimono peut être adapté à une saison plutôt qu’à une autre. Nous avons abordé le yukata qui est plutôt destiné à être porté en été. Mais le hitoe, en soie et non doublé, l’est aussi.

De son côté, l’uchikake, en soie aussi mais doublé et matelassé, est plus adapté à l’hiver.

Le kimono comme œuvre d’art

Offrant de vastes surfaces qui ne tiennent pas compte de l’anatomie des porteurs, les kimonos sont des supports privilégiés de l’expression artistique japonaise. Au fil des époques les motifs utilisés se sont de plus en plus diversifiés.

Ainsi, les plus vieux kimonos arboraient des motifs traditionnels comme des pins, des bambous, des vues célèbres, des libellules, ou encore des eaux courantes. Pour n’en citer que quelques-uns. Mais ils en utilisaient parfois qui étaient déjà des scènes très complexes : comme des paravents ou des rouleaux peints par exemple. On retrouve également de nombreux motifs géométriques simples dans les décors. Tous cela reste très espacé pour permettre aux compositions de respirer.

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Catalogue de motifs pour kimono datant de 1765. Musée Guimet. lescouleursdunevie.com

Témoignant de cette diversité, des artistes japonais comme Moronobu et Sukenobu créent depuis le XVIIIe siècle des catalogues de motifs pour kimonos. La cliente choisissait celui ou ceux qu’elle préférait dans le catalogue, le vendeur en faisait ensuite un dessin grandeur nature, puis il l’envoyait à l’artisan avec le tissu.

Une fabrication artisanale qui est, elle aussi, très reconnue

On peut utiliser divers matériaux plus ou moins précieux dans la conception d’un kimono. Lin, soie, ramie, fibre de murier, ou chanvre par exemple. Tout aussi nombreux sont les modes de tissage : taffetas, sergé, satin ou gaze par exemple. Et enfin, les pratiques décoratives sont elles aussi multiples. On peut faire de la teinture au pinceau ou au pochoir, mais aussi du nouage. La technique yûzen, quant à elle, est particulièrement réputée car elle permet de protéger de larges surfaces qui ne prendront pas la teinture appliquée à la pièce de tissu.

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Kyôto (Yasunari Kawabata, 1962)

Ce milieu de la confection des kimonos est merveilleusement bien mis en scène dans le Kyôto de Yasunari Kawabata. Dans ce roman, Chieko est la fille adoptive d’un artisan de Kyôto qui tient un magasin de soieries, kimonos et ceintures. Ce père, Takichirô, incarne l’artisan traditionnel qui déplore les nouvelles méthodes de confection et de vente venues d’Occident. Le roman dans son ensemble dessine en toile de fond ce qui est, pour Kawabata, un déchirement : la rencontre entre le Japon traditionnel d’avant Meiji et les modernités occidentales. La ville de Kyôto où vit Chieko se trouve directement confrontée à ces modernités. Tandis que sa sœur jumelle, Naeko, travaille à la campagne et incarne donc elle un Japon rural, lui aussi traditionnel. C’est par ailleurs un très chouette roman que je vous recommande ardemment de lire !

Aujourd’hui, On considère les kimonos réalisés avec talent et dans des matériaux précieux comme de véritables œuvres d’art. On en trouve, par exemple, dans le Musée national des arts asiatiques – Guimet à Paris. Notamment dans le cadre de l’exposition « Au bonheur des dames ».

Le kimono aujourd’hui

Face à l’occidentalisation croissante

Au début de l’ère Meiji (celle qui a suivi l’ouverture du Japon vers l’Occident), un édit de l’Empereur a invité les policiers, agents des transports publics et professeurs à adopter les vêtements occidentaux. Assez vite, les armées s’y mettent aussi. Ainsi que les écoles où les enfants portent désormais l’habit de marin plutôt que le hakama (sorte de pantalon large traditionnel). Dans le milieu professionnel de tous les jours, le costume occidental a remplacé le port du kimono. Tandis que pour les vêtements du quotidien, le port de vêtements occidentaux reste courant. Mais la tradition du kimono reste cependant ancrée dans la culture, et les Japonais portent souvent le yukata (bien moins cher que d’autres kimonos) en été.

Des situations exceptionnelles

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Deux jeunes femmes en furisode lors de leur seijin shiki, lepetitjournal.com

Parmi les plus appréciés, mais aussi les plus chers, les furisode sont encore portés de temps en temps. Notamment lors de l’occasion bien particulière du seijin shiki où les jeunes filles en ont un (qu’elles ont le plus souvent loué) pour la photo traditionnelle. Seuls les membres de la « très grande bourgeoisie » peuvent s’offrir un usage plus courant du kimono. De même qu’ils peuvent en changer selon les âges de la vie ou les saisons.

Le port du kimono est donc aujourd’hui quelque chose d’assez exceptionnel au Japon. Et, comme tout événement exceptionnel, c’est attendu. Autant par les concernés(ées) que par les autres qui espèrent voir leur plaisir de l’œil satisfait ! Voilà quelque chose que les créateurs d’anime et de mangas ont bien compris. En effet, faire porter un kimono à un personnage (surtout féminin) est aujourd’hui un aspect notable du fan service. En témoigne la mise en scène souvent appuyée qui entoure ces événements.

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Ici Sacha et Ondine en kimono dans l’épisode 20 de la première saison de Pokémon, « Le Fantôme de la Jeune Fille » (1997)

Nous aussi, nous avons le droit de porter un kimono

Et c’est bien pour cela que nous avons prévu un atelier kimono. Plus d’informations arriveront bientôt alors restez branchés à nos médias. Quant à la cérémonie du thé que nous n’avons pas abordée ici, nous y reviendrons dans un article qui devrait sortir bientôt.

En espérant que vous viendrez déambuler en kimono et prendre le thé avec nous lors de notre prochain atelier Animasia « Hors Les Murs », je vous dis : à bientôt !

Auteur : Simon Morgan

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