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27
Août

Le Manga partie 1 : Origines et thématiques – Festival Animasia 2018 JAPON

Aujourd’hui, le manga est connu partout dans le monde. La bande-dessinée japonaise est sûrement à son apogée. On a tous déjà vu des images de best-seller comme Dragon BallNaruto ou One Piece. Pour beaucoup de personnes de ma génération (nées dans les années 90), le manga a joué un rôle important dans notre enfance et adolescence. J’ai personnellement passé de véritables nuits blanches à lire des manga tels que Fullmetal Alchemist ou Mär.

Le manga semble aujourd’hui s’être bien installé dans la culture française. Des conventions et festivals sur le manga fleurissent aux quatre coins de la France tandis que des mangaka obtiennent des récompenses dans les festivals les plus réputés. Le Festival International de la Bande Dessinée et de l’Image a ainsi récompensé des maîtres comme Akira Toriyama (Dragon Ball), Jirô Taniguchi (Quartier lointain) ou Katsuhiro Otomo (Akira). Pourtant, à ses débuts en France, le manga disposait d’une mauvaise réputation. Il a fallu attendre de longues années avant que la culture manga ne devienne légitime.

Je vous invite dans la première partie de cet article à découvrir les origines du manga!

Couverture d’un Shonen Jump, over-blog-kiwi.com

Origines

L’e-maki

Pour la plupart des historiens, la première forme artistique similaire au manga est l’e-maki. Il s’agit de long rouleaux de papier horizontaux qui peuvent s’étendre sur une dizaine de centimètres jusqu’à plusieurs mètres. Originellement chinois, on suppose que l’e-maki arrive au Japon vers le VIème siècle. Sur ces rouleaux de papier sont peintes des histoires ou des suites d’anecdotes. Souvent, les images sont jointes à des calligraphies comme sur de nombreuses estampes. La lecture se fait de gauche à droite. Traditionnellement, le lecteur déroule avec la main droite le rouleau et le ré-enroule simultanément avec la main gauche. Ainsi, le lecteur découvre petit à petit l’histoire. Il n’a jamais devant lui tout le rouleau déroulé.

Une narration déjà élaborée

Extrait de l’Eingakyô, tourdhorizondujapon.com

Les e-maki sont pour la plupart d’inspiration religieuse. Beaucoup narrent des épisodes de la vie de Bouddha, comme l’Eingakyô qui date du VIIème siècle. On retient leur influence sur le manga sur trois points précis : ce sont sur les e-maki que l’on retrouve les premières formes de cases, de phylactères (les bulles de discussion) et de lignes créant un mouvement. Pour être exact, ces rouleaux ne disposent pas de cases exactement délimitées mais on observe tout de même une réelle volonté de séparer les dessins entre eux, comme si ils étaient dans des cases. De même, les phylactères ne sont pas clairement dessinées mais il arrive régulièrement que des personnages disposent de dialogues écrits au-dessus d’eux. Seuls les traits de mouvement sont identiques à ceux d’aujourd’hui. Beaucoup de personnages ont des traits autour de leurs membres pour exprimer un mouvement. Par exemple, si un personnage court, des traits allant dans le sens de sa course sont peints au niveau de ses jambes pour signifier qu’il est mouvement.

Une proximité thématique

Extrait du He-Gassen, littéralement « concours de pet  », wikipedia.org

On connait le manga pour ses thématiques qui peuvent parfois choquer notre morale occidentale. Il n’est pas rare de croiser au détour de certaines pages des petites culottes, des excréments, des pets, de la nudité gratuite etc. Pourtant, ces éléments font pleinement partie de la culture populaire japonaise. En effet, on retrouve dans de nombreux e-maki des représentations de combats de pets, des fantômes se nourrissant d’excréments et des fables érotiques. Ainsi une célèbre fable japonaise, « La déconfiture de Fukutomi » raconte l’histoire d’un vieillard qui reçoit d’un dieu le pouvoir d’effectuer des pets mélodieux.

De même, à l’instar des mangas, beaucoup d’e-maki mettent en scène le surnaturel. De nombreux démons, dieux et esprits japonais sont présents sur ces rouleaux. Certains mangas comme NonNonBâ reprennent même trait pour trait des esprits démoniaques du rouleau de « la promenade nocturne des mille démons ».

Ainsi, surnaturel, excréments, flatulences et sexe sont des thèmes tout à fait banals au Japon et ce, depuis plusieurs siècles. Il est donc logique que ces thèmes soient présent à la fois dans l’e-maki et dans le manga contemporain.

L’influence de l’époque d’Edo (1603-1867)

C’est sûrement de la période d’Edo que le manga tire ses principales influences. Durant cette période le Japon connaît de longues années de prospérité et de paix. Le pays se referme sur lui-même et empêche les étrangers d’amarrer à leurs côtes. Les villes commencent à se développer et deviennent d’importantes agglomération. C’est dans ces villes qu’une culture spécifique prend forme, engendrée par ses nombreux habitants. Ainsi naissent le théâtre kabuki, l’estampe et les livres imagés.

L’estampe

Des corps disproportionnés, agendart.pro

Le mot estampe désigne tout ce qui résulte d’un travail d’impression d’une gravure. La célèbre estampe japonaise naît en partie en raison du manque de moyen d’impression japonaise de l’époque d’Edo. En effet, bien que les japonais connaissaient les techniques d’imprimerie occidentales de cette époque, ils ne les utilisaient pas. L’écriture japonaise contenait bien trop d’idéogrammes pour que l’imprimerie à caractères mobiles de Gutenberg soit efficace. La gravure sur bois demeurait l’outil le plus adapté pour imprimer des écrits ou des images en grande quantité.

Le style épuré de l’estampe est donc surtout dû aux besoins de la production de masse. Les dessins ne bénéficient d’aucune perspective ou d’ombre. Il en va de même pour la morphologie de ses personnages  qui n’est que rarement respectée. Il arrive souvent que les personnages d’estampe aient des membres disproportionnés. De même, les visages sont pour la plupart peu expressifs et stéréotypés.

Toutes ces caractéristiques font évidemment penser aux dessins de manga. Beaucoup de personnages humains ont une anatomie invraisemblable, notamment ceux hyper-musclés comme Broly de Dragon Ball. Il en va de même pour les visages qui peuvent être extrêmement similaires d’un manga à un autre. On peut prendre comme exemple la plupart des mangas de magical girls où tous les personnages féminins sont identiques, seul leurs chevelures et tenues permettent de les différencier.

Sailor Moon, des personnages avec des visages presque identiques, 3.bp.blogspot.com

Les shunga

Dans le Tokyo de cette époque (alors appelé Edo), se trouvait un quartier très réputé pour ses prostituées : Yoshiwara. Il était courant que les artistes s’inspirent de ce quartier pour réaliser leurs œuvres. Ainsi né un genre particulier de l’estampe : le shunga, littéralement les « images de printemps ». Ce genre, alors destiné aux courtisanes et à leurs clients, mettait en scène tous les rapports sexuels possibles et imaginales. C’est d’ailleurs avec ce genre d’estampe qu’apparaît pour la première fois le tentacle sex, qui consiste à représenter une femme se faisant pénétrer par diverses tentacules.

Le sexe, au Japon, est bien moins tabou qu’en occident. La religion majoritaire du Japon, le shintô, considère les rapports sexuels comme le fondement sacré de la vie. Il est donc logique que de nombreux mangas s’inspirent des shunga. Nombre d’entre eux présentent des personnages disposant d’une sexualité que les occidentaux qualifieraient de vulgaire ou extravagante.

Le rêve de la femme du pêcheur (1814), Hokusai, wikipedia.org

Précision sur les thématiques

Il me semble important de préciser que les thématiques du sexe, du surnaturel, des excréments et des pets ne sont pas les seules thématiques du manga. Ces thèmes, assimilables à la culture populaire japonaise, font évidemment partie du manga mais n’en sont pas les seuls représentants. En effet, on retrouve dans de nombreux mangas des éléments de la culture plus élitiste du Japon comme l’ikebana, les traditions samouraïs ou les haïkus.

Et c’est sur ce point là que le manga est une oeuvre fascinante : il lie à la fois culture populaire et culture élitiste. On peut prendre comme exemple Naruto qui met en scène des guerriers ninja et samouraïs tout en se permettant de nombreuses scènes de nudité ou des blagues graveleuses.

L’ère Meiji (1868-1912) et l’apparition du manga

Une couverture du Japan Punch, captainaruto.com

L’ère Meiji correspond à une période d’ouverture culturelle du Japon. Les américains vont beaucoup influencer les méthodes de travail japonaises, notamment dans le domaine de l’édition. En effet, les japonais découvrent à cette époque la lithographie, une méthode d’imprimerie qui permet de produire en masse des illustrations. Ainsi en 1862 un anglais nommé Charles Wigman publie le premier numéro d’un journal satirique baptisé Japan Punch qui utilise le procédé de la lithographie. On retrouve au sein de ce journal de nombreuses illustrations parodiant le gouvernement de l’époque. Ce type de caricatures à l’occidental prend le nom ponchi-e, soit « images à la Punch ».

De nombreux autres magazines naissent dans la lignée du Japan Punch. Les ponchi-e gagnent vite en popularité jusqu’au jour où le japonais Yukichi Fukuzawa, directeur du magazine Jiji Shinpô, décide d’utiliser le terme « manga » à la place de ponchi-e qu’il jugeait trop occidental. Ainsi ce terme apparaît pour la première fois en 1900 dans le Jiji Shinpô au sein de son supplément illustré, le Jiji Manga. Très vite, les autres journaux japonais décident d’adopter ce terme, qui peut signifier à la fois en japonais « image libre » ou « image dérisoire ». Un terme adapté pour les illustrations de l’époque qui sont souvent satyriques mais aussi libres de représenter ce qu’elles veulent.

Le pionnier Rakuten Kitazawa

Une planche de tagosaku to mokube no tokyo kenbutsu, panthenofilo.com

En 1902, un jeune japonais de 26 ans, Rakuten Kitazawa, publie au sein du Jiji Manga ce qui est considéré comme la première série japonaise de bandes dessinées, Tagosaku to Mokube no Tokyo Kembotsu (Le voyage de Tagosaku et Mokube à Tokyo). Toutes les semaines les lecteurs du Jiji Shinpô suivaient les aventures Tagosaku et Mokube, deux paysans démunis face à la modernité de Tokyo.

En 1905, Kitazawa commence à publier son propre magazine, Tokyo Puck, dont 100 000 exemplaires sont tirés chaque mois. Essentiellement composé de séries manga colorées, ce mensuel rencontre vite un grand succès. Kitazawa est ainsi le premier mangaka à accéder à la fortune et la célébrité. Il fut aussi le premier mangaka à recevoir la Légion d’honneur en France en 1929.

C’est en 1908 que Kitozawa apporte une innovation majeure à l’industrie du manga. Il décide de publier un magazine en couleur exclusivement destiné à un public enfantin. Le manga s’éloigne alors de la dimension satyrique et s’adapte à un nouveau public. Ainsi naissent les premiers mangas similaires à ceux que l’on connait aujourd’hui, avec des genres destinés à des publics différents.

 

Retrouvez dans la deuxième partie de l’article les pratiques du manga contemporain!

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Bibliographie : BUISSOU Jean Marie, Manga, Histoire et univers de la bande dessinée japonaise, Editions Philippe Picquier, 2014.

CANIVET-FOVEZ Chrysoline, Le manga : Une synthèse de référence qui éclaire en image l’origine, l’histoire et l’influence de la bande dessinée japonaise, Editions Eyrolles, 2014.

Auteur : Yatsu Atatakai

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