Purikura

purikura
23
Juil

Le purikura, un outil de sociabilisation des jeunes japonaises – Festival Animasia 2018 JAPON

Les purikura, des photomatons, mais en mieux

Les purikura, cabines photographiques japonaises, tripoto.com

Vous rêvez de vous prendre en photo avec vos personnages de mangas préférés? Un voyage au Japon et vous serez comblés! En effet, vous trouverez dans la plupart des salles d’arcade et centre commerciaux japonais des grandes cabines photographiques : les purikura. Ces cabines, généralement nettement plus grosses que nos photomatons, permettent de se prendre en photo, seul ou avec des amis, et d’ajouter au résultat des graffitis, des cadres, des personnages etc. Une fois les modifications faites, les photos s’impriment en plusieurs exemplaires pour pouvoir les partager si vous êtes en groupe.

Des purikura pour tous les goûts

Un purikura Dragon Ball Z, sociorocketnewsen.com

Vous cherchez un purikura particulier? Vous pouvez être certain qu’elle existe déjà. En effet, il existe un nombre incroyable de purikura différents. Leurs tailles peuvent varier, vous trouverez à la fois des purikura destinés à l’usage d’une dizaine de personnes et d’autres pour une seule personne. Certains proposent même des déguisements si l’envie vous y prend! Les angles de photographie varient aussi selon les purikura. Selon vos souhaits vous pouvez vous prendre en plongée, en contre-plongée ou sous n’importe quel autre angle!

Origines et fonctionnement

Les premiers purikura sont apparus au Japon en 1995, dévelloppés par les sociétés japonaises Atlus et Sega. Le mot purikura vient de la prononciation japonaise du mot anglais print club. En effet, les japonais prononcent print club « purinto kurabu ». « Purinto kurabu » est devenu plus tard, par contraction, purikura. Ces cabines photographiques sont vite devenues très populaires au Japon. Dès 1997, on en recense 45 000 dans tout le pays.

Un sondage de 2006 ¹ montre que les jeunes japonaises apprécient tout particulièrement ce passe-temps. En effet, 43.6% des japonaises âgées entre 10 et 15 ans affirment que le purikura est leur activité favorite, juste devant le karaoké. Toutefois, la popularité des purikura semble diminuer depuis plusieurs années. Cela s’explique sûrement par le fait qu’aujourd’hui de nombreuses applications mobiles proposent le même service.

Mode de fonctionnement

Mettons nous dans la peau d’un.e japonais.e qui veut prendre une photo dans un purikura!

La préparation

Un exemple d’interface pour prendre une photo, dozodomo.com

La première étape est d’insérer le montant demandé dans la cabine. En moyenne, une session coûte entre 300 et 400 yens (soit entre 2.5 et 3 euros).

Dans les purikura les plus récents, c’est à ce moment qu’il faut choisir comment aménager l’intérieur de la cabine. Il arrive souvent que des accessoires soient mis à disposition pour décorer à vos souhaits son intérieur. Certaines cabines proposent même des fonds verts pour incruster un décor derrière soi!

Le shooting 

Il faut ensuite poser devant l’appareil photo. En général, la cabine effectue plusieurs photos pour laisser au client le choix de choisir sa favorite.

Le modding

Une interface de modding, japanimal.org

Une fois toutes les photos prises vous pouvez choisir à l’extérieur de la cabine votre photo préférée. Arrive maintenant le moment tant attendu : la personnalisation de la photo (parfois surnommée modding)! C’est le moment de laisser libre cours à votre imagination! Pour ce faire, vous disposez d’un écran tactile souvent accompagné d’un stylo pour être plus précis. Toutefois faites attention, il arrive souvent que vous ne disposiez que d’un temps limité pour personnaliser la photo. Un compte à rebours commence dès que vous appuyez sur le bouton « Start ». Le temps qu’on vous accorde dépend alors du nombre de personnes qui attendent ou non leurs tour derrière vous.

L’éditeur regorge de petits détails à ajouter à volonté sur votre photo. Vous pouvez, selon le purikura dans laquelle vous êtes rentré, vous ajouter des étoiles dans les yeux, une aura de « super saiyan » ou dessiner vous même à la main des motifs à ajouter à la photo! Tous ces ornements sont, en quelques sortes, l’ancêtre des célèbres filtres snapchat.

Un exemple de planche finale pas encore découpée, 4.bp.blogspot.com

L’imprimerie

Une fois toutes les personnalisations faites, il est temps d’imprimer les photos! Il arrive régulièrement que l’on vous propose plusieurs types de papiers, brillants ou non, de plusieurs épaisseurs ou autocollants. Vous pouvez aussi choisir combien de photos doivent apparaître sur la page imprimée. Logiquement, plus il y aura de photos, plus elles seront petites sur la page. La plupart des purikura proposent aussi l’option d’envoyer la photo vers un téléphone pour pouvoir garder une copie numérique du résultat.

La dernière étape après l’imprimerie des photos est la découpe! En effet, les photos ne sont pas pré-découpées et sont toutes imprimées sur une seule page. Une table avec des ciseaux est alors mis à disposition pour vous permettre de découper vos photos.

Une expérience sociale intéressante

Selon une étude de 2006 ², Les purikura occupent une place importante dans le quotidien des jeunes japonaises. En effet, c’est un loisir majoritairement féminin. Il arrive que des hommes utilisent des purikura mais seulement dans les cas où ils sont accompagnés de leurs petites amies ou dans un groupe mélangeant les deux sexes. Il est rare qu’un homme ou un groupe d’hommes se rendent d’eux-mêmes dans un purikura.

C’est chez les lycéennes et collégiennes que cette pratique est la plus répandue. A chaque fois qu’elles se rendent ensemble en centre-ville, passer prendre une photo dans un purikura est un vrai rituel. En moyenne, elles s’y rendent 2 à 3 fois par mois. Ces photos permettent de passer un moment agréable entre amis tout en les commémorant.

Un souvenir important

Un carnet où les jeunes japonaises gardent leurs photos, D.Okabe

Beaucoup de jeunes filles conservent leurs photos dans un carnet. Certains sont seulement remplis de photos tandis que d’autres accompagnent les photos d’un texte explicatif sur le contexte de la photo où sur l’amitié que partagent toutes les personnes qui apparaissent dessus.

Ce journal semble être important pour les jeunes japonaises. La grande majorité des collégiennes et lycéennes gardent en permanence sur elles ces albums photos. Il arrive souvent que deux jeunes écolières s’échangent leurs albums à la pause midi ou même en cours. Il est aussi courant que deux jeunes filles échangent leurs albums pour faire connaissance. L’album de purikura devient alors un bon outil pour se sociabiliser mais aussi pour démontrer ses talents en matière de personnalisation de photos.

Partager dans une sphère privée

Montrer ses albums de purikura est surtout réservée aux groupes d’amies. Il est rare qu’une fille montre à un garçon ou à sa famille son album de photos. D’ailleurs, les garçons dans la majorité des cas n’ont pas d’albums de purikura. Ils préfèrent conserver les photos prises sur leurs téléphones.

De même, les purikura prises en couple restent essentiellement privés. Elles ne sont pas conservées au sein d’un album mais dans des endroits plus dissimulés, comme un journal intime, dans le compartiment à batterie d’un téléphone ou encore dans un tiroir de bureau. La plupart des jeunes filles ne veulent pas se retrouver dans la situation où le couple rompt et que leurs photos sont toujours dans l’album. Dans la même idée, les jeunes japonaises évitent de montrer leurs albums de purikura à leurs petit-copain, car elles y font des grimaces et leurs visages y sont déformés par différents filtres, ce qui les gênent.

 

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Bibliographie : OKABE Daisuke (dir.) The Social Uses of Purikura : Photographing, Modding, Archiving and Sharing, PICS Workshop, Ubicomp 2006.

Auteur : Yatsu Atatakai

 

 

 

 

 

 

 

 

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