Le Samouraï

10
Juil

Le samouraï, figure culturelle du Japon

Qu’est ce qu’un samouraï?

Estampe d’un samouraï, Utagawa Kuniyoshi, etsy.com

C’est au XIIème siècle que la profession de samouraï apparaît au Japon. Un samouraï est alors un militaire professionnel. Il était employé par un seigneur pour mener des combats à sa place. Le terme « samouraï » vient d’ailleurs du verbe saburau que l’on peut traduire par « servir » en français. Ces guerriers, qui étaient pour la plupart des cavaliers, vivaient pour une seule chose : le combat.

Des chevaliers orientaux?

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Harakiri de Masaki Kobyashi (1962), listsof.com

Pour beaucoup, les samouraïs sont l’équivalents de nos chevaliers occidentaux. Pourtant, d’après les historiens, il existe de nombreuses différences entre chevaliers et samouraïs. On peut en trouver par exemple dans leurs motivations guerrières. Les chevaliers sont décrits comme des « héros magnifiques qui combattent au nom de Dieu »¹ tandis que les samouraïs se battent pour la renommée. Cette renommée leur est nécessaire afin d’obtenir des terres auprès de leurs seigneurs. Un guerrier sans prestige n’est pas digne de porter le titre de samouraï. Il doit prouver ses valeurs guerrières pour être respecté par ses semblables. Le mérite et la renommée sont ainsi deux concepts fondamentaux des samouraïs.

Bushidô : la voie du guerrier

L’expression bushidô apparaît pour la première fois à la fin du XVIème siècle dans le livre Kôyôgunkan (Enseignements militaires à la lumière du Kai). Elle désigne les concepts moraux que doivent respecter les samouraïs.

Une représentation contemporaine fantasmée

De nombreux films, livres ou mangas prennent pour personnages principaux des samouraïs. Dans ces médias, les samouraïs obéissent au code strict du bushidô. Le bushidô est alors présenté comme une voie morale à respecter, mettant en premier plan les concepts d’honneur et d’élégance. Les personnages samouraïs sont souvent des héros « classiques » avec des valeurs pures et obéissants à une morale stricte. Ils sont d’ailleurs pour la plupart adeptes de la pensée zen.

Une réalité historique différente

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Kyûba no michi, la Voie du cheval et de l’arc, wikipedia.org

Toutefois, les samouraïs étaient en réalité bien différents de ceux représentés aujourd’hui dans les médias. En effet, les samouraïs n’étaient pas aussi irréprochables que ce que l’on s’imagine. D’ailleurs, avant que le concept de bushidô n’apparaisse, les samouraïs n’obéissaient à aucun code moral. En effet, ils disposaient seulement de trois codes nommées la Voie de l’homme d’armes (tsuwamono no michi)La Voie de l’arc et des flèches (kyûsen no michi/kyuyâ no michi) et la Voie de l’arc et du cheval (kyûba no michi). Ces trois voies (dont l’apparition est estimée entre le Xème et le XIème siècles) ne décrivaient que les entraînements que les samouraïs devaient suivre. Elles n’avaient aucune valeurs morales. Ainsi, pendant plusieurs siècles, les samouraïs n’obéissaient à aucun code moral!

Quelques exemples de différences

On a souvent en tête l’image du samouraï élégant, maniant aussi bien le katana que le pinceau de calligraphie. Pourtant, on peut lire dans le Yoshisada gunki (Chronique militaire de Yoshisada) :

Les aristocrates et les gens de la Cour considèrent les lettres, c’est-à-dire la littérature et la musique comme leur art. Au contraire, dans notre Voie, notre devoir ce sont les armes, c’est-à-dire l’arc et les flèches, le cheval, le combat.

Les samouraïs ne disposent donc pas de la même culture que les aristocrates, contrairement à ce que l’imaginaire collectif nous le laisse imaginer. Ils n’étaient ni musiciens ni écrivains ni poètes mais seulement guerriers. De même, toujours dans le Yoshisada gunki, il est écrit :

Dans notre Voie, nous insistons sur la franchise mais parfois, la ruse est nécessaire. En tuant par tromperie Moritoshi, Inomata Noritsua n’est pas honnête, mais il faut néanmoins l’admirer car, ce faisant, il porte haut sa renommée personnelle. C’est pour l’honneur qu’on doit respecter une certaine forme de franchise, mais pour éviter la honte de la défaite, il faut agir par tous les moyens, quitte à user de tromperie.

Ainsi les samouraïs sont autorisés à être malhonnêtes et à utiliser des tromperies pour vaincre ses ennemis. Ils peuvent donc tricher et ruser si cela leur apporte la victoire.

L’évolution du bushidô

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Manuscrit du Bushidô du clan Tokugawa, paperblog.com

 

Finalement, l’apparition du concept du bushidô à la fin du XVIème siècle coïncide avec l’arrivée au pouvoir de la dynastie des Tokugawa. Le règne des Tokugawa apporte un temps de paix au Japon, ce qui est donc défavorable aux samouraïs spécialistes dans l’art du combat. Les samouraïs doivent s’adapter à une nouvelle société moins belliqueuse. Ils deviennent alors des bureaucrates avec des responsabilités politiques. Leurs valeurs guerrières s’amenuisent avec le temps. D’ailleurs, une nouvelle doctrine apparaît dans la communauté des samouraïs : la Voie du lettré (shidô).

Le Voie du lettré encourage l’étude de la philosophie, notamment celle de Confucius, mais aussi la retenue et le raffinement. Le shidô rejette totalement les trois anciennes voies, jugées trop rustres et barbares. Les samouraïs deviennent des hommes lettrés et s’éloignent de leurs origines guerrières. Ils conservent tout de même une éducation aux arts du combats mais ne prennent les armes que rarement. De plus, les techniques de combat ont beaucoup évolué, les sabres laissant progressivement leurs places aux armes à feu.

Finalement, l’image que l’on a aujourd’hui du samouraï à la fois guerrier et homme de lettre n’a jamais réellement existé. Les samouraïs étaient soient uniquement des guerriers entre le XIIème et le XVIème siècle, soit uniquement des aristocrates après le XVIème siècle.

 

 

La disparition des samouraïs

Une politique hostile envers les samouraïs

Le règne de la dynastie des Tokugawa prend fin en 1867. Le Japon entre alors dans une nouvelle ère : l’ère Meiji. L’ère Meiji marque la volonté des dirigeants japonais de sortir de la politique d’isolement du Japon. Ainsi apparaît une nouvelle politique tournée vers la modernisation. La Modernisation signifie alors la fin du système féodal japonais. Or, qui dit fin du système féodal, dit fin des seigneurs. Et qui dit fin des seigneurs, dit fin des samouraïs. En effet, un samouraï devait être au service d’un seigneur pour garder son statut social et sa position de pouvoir.

S’ajoute à cela la volonté du nouvel empereur de supprimer un maximum les hiérarchies sociales au sein de la société japonaise. Le statut de samouraï doit donc disparaître. Pour y faire, plusieurs lois sont mises en place : en 1871 les samouraïs ne dépendent plus des seigneurs mais directement de l’empereur. En 1876 une loi interdit aux samouraïs de porter leurs sabres et leurs chignons distinctifs, témoins de leurs supériorité hiérarchique.

La rébellion de Satsuma

Statue de Saigô Takamori à Tokyo, wikipedia.org

L’abolition du système féodal japonais et les diverses lois anti-samouraïs créent une vague de protestation au sein des samouraïs. Saigô Takamori, ancien commandant de la Garde du Palais impérial et maréchal de l’armée de terre, forme en 1877 une milice de 40 000 soldats fidèles à la cause des samouraïs. La rébellion compte renverser le gouvernement japonais et restaurer les valeurs et principes des samouraïs. Ainsi commence la rébellion de Satsuma, Satsuma étant le nom de la région où se basait Takamori et la rébellion.

Tokyo, décide de répondre à cette rébellion en mobilisant 70 000 hommes de l’armée de terre et de la marine. Suite à de nombreux affrontements, la guerre civile prend fin 6 mois après les premiers affrontements lors de la grande bataille de Shiroyama. Takamori se retrouve acculé avec 400 de ses partisans. Ils font face à une armée de 7000 soldats impériaux. Résigné, il décide de se faire seppuku (un rituel de suicide hérité des samouraïs, consistant à s’ouvrir le ventre avec un petit sabre). Avec lui s’éteint à jamais la classe des samouraïs.

 

La bataille de Shiroyama, wikipedia.org

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Bibliographie : (1) SHIN’ICHI, Saeki, Figures du samouraï dans l’histoire japonaise. Depuis le Dit des Heikés jusqu’au Bushidô, Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2008.

Dictionnaire historique du japon, Publications de la maison franco-japonaise, 1995.

 

Auteur : Yatsu Atatakai

 

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