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30
Juil

Les arts martiaux japonais, forger le corps et l’esprit – Festival Animasia 2018 JAPON

Les arts martiaux japonais sont loin d’être seulement des sports de combat. En effet, un adepte d’art martial japonais doit aussi bien travailler son corps que son esprit. C’est seulement lorsque corps et esprit sont en parfaites harmonie qu’un combattant atteint ses meilleures capacités. Ainsi les arts martiaux bénéficient d’une dimension spirituelle importante. Je vous propose donc de découvrir dans cette article comment arts martiaux et spiritualité se côtoient et comment les pratiquer.

Morihei Ueshiba, fondateur de l’aïkido, en train de méditer. wordpress.com

Origines des arts martiaux

Il est extrêmement compliqué de dater exactement l’apparition des arts martiaux. Pour beaucoup d’historiens, les homme se sont battus entre eux depuis toujours, que ce soit en utilisant des armes ou à mains nues. Toutefois, les premières traces de pratique d’arts martiaux datent de 5000 à 3000 ans avant Jésus-Christ au sein de la civilisation Mésopotamienne. Il existe par exemple des bas-relief babyloniens représentants des combats entre hommes à mains nues. Il semblerait donc que cette civilisation organisait déjà des combats de lutte dans des arènes.

Bas-relief babylonien représentant une lutte, wikipedia.org

Au Japon

Les arts martiaux ont ensuite migré de la région mésopotamienne vers la Chine. Le bouddhisme est à cette époque bien implanté dans la culture chinoise et compte de nombreux pratiquants. Cependant, cette religion interdit le port et le maniement des armes par ses moines. Les moines bouddhistes étaient donc régulièrement victimes d’attaques de brigands qui les dévalisaient de tous leurs biens. Les moines bouddhistes ont donc commencé à développer une technique de combat à mains nues qui leur permettait de se défendre sans armes. C’est d’ailleurs de là que proviennent toutes les techniques d’arts martiaux qui s’approprient la force de l’adversaire. En effet, les moines de l’époque étaient obligés de se servir de la puissance de leur adversaires, souvent armés, pour pouvoir leurs faire face. On peut prendre comme exemple la prise de judo tomoe nage. Pour effectuer cette prise, il faut attendre que son opposant attaque pour utiliser l’énergie produite par son mouvement et ainsi le propulser dans les airs!

Les étapes du tomoe nage, entrainement-sportif.fr

Un film de 1935 des studios Asahi illustre particulièrement bien ces techniques. On y voit Morihei Ueshiba, fondateur de l’aïkido alors âgé de 52 ans, faire une démonstration de nombreuses techniques. Ueshiba y joue le rôle de tori, « celui qui exécute l’exercice » et s’entraîne avec  plusieurs uke « celui qui subit ». On s’aperçoit vite que la plupart des techniques de Ueshiba utilisent la force de son adversaire. À plusieurs reprises, lorsque uke se précipite vers Ueshiba, ce dernier le saisit et utilise l’énergie produite par sa course pour le propulser au loin.

Les moines chinois ont par la suite exporté les arts martiaux au Japon. Ces derniers y ont vite gagné en popularité. Les japonais ont ensuite vite développé des formes d’arts martiaux propres à leur culture, comme le karaté, le judo ou l’aïkido.

Le temple Shaolin et ses moines, jasongarner.com

Le budô et le zen

Le mot budô calligraphié, japancalligraphy.eu

Les japonais désignent l’ensemble des arts martiaux par le terme budô. « Bu » signifie la guerre tandis que «  » signifie voie. Ainsi budô peut être définit comme la « voie de la guerre ». On retrouve au sein même de la sémantique du mot les concepts de corps et esprit. En effet, la voie désigne la méthode, l’enseignement pour comprendre parfaitement la nature de son propre esprit. La guerre signifie quant à elle une confrontation physique entre plusieurs entités. Kodo Sawaki, un grand maître zen, disait d’ailleurs :

Le zen et les arts martiaux ont le même goût et sont une unité. Dans le zen comme dans les arts martiaux, l’entraînement compte beaucoup. Combien de temps faut-il s’entraîner? Beaucoup de gens m’ont demandé : « Pendant combien d’années faut-il que je fasse zazen [la position de méditation assise du zen] ? » Et je réponds : « Jusqu’à votre mort. » Alors mes interlocuteurs ne sont pas très satisfaits. Les Européens veulent apprendre rapidement, certains même en un seul jour. « Je suis venu une fois et j’ai compris », disent-ils! Mais le dojo est différent de l’Université.

L’entraînement

Un jeune étudiant de kendo en méditation, karatebyjesse.com

Traditionnellement, un apprenti à l’art du budô doit suivre trois étapes dans son entraînement. Ces trois étapes se retrouvent aussi dans le zen.

La première étape, shojin, nécessite en moyenne 10 ans d’entraînement. Pendant ces 10 ans, le disciple est surtout appelé à méditer et à forger son esprit. Il participe alors à des sesshins, des sessions de méditation qui peuvent durer de plusieurs jours à plusieurs semaines. Cette première étape sert à tester la volonté de l’étudiant mais aussi à élever sa conscience. Elle prend fin lorsque le maître accorde le shiho à son élève. La cérémonie du shiho symbolise la transmission du savoir du maître à son élève. A la fin de la cérémonie, l’élève devient l’égal de son maître mais ne peut pas encore enseigner ni prendre de disciples.

Les seconde et troisième étapes sont moins formatrices que le shojin. En effet, c’est pendant le shojin que l’étudiant apprend tous les principes physiques et spirituels du budô. La seconde étape est plutôt celle de la concentration et de la paix. L’étudiant devient l’assistant du maître et participe activement à la vie du dojo (lieu de pratique de la méditation zen et du budô). Enfin, la troisième étape intervient à la mort du maître. L’élève prend alors sa place et commence à instruire les prochaines générations. Un élève devient donc maître qu’à la mort de celui-ci.

Aujourd’hui, cet entraînement n’est plus vraiment respecté. Les japonais voulant apprendre les arts martiaux font, comme en France, souvent abstraction de la dimension zen de cette pratique. Ils se consacrent alors essentiellement au côté sportif et compétitif de la discipline.

Le dojo

La pratique des arts martiaux japonais ne se fait pas dans une salle de sport ou d’entraînement. Elle se déroule dans un dojo, littéralement le « lieu d’étude de la voie ». Le dojo est un lieu particulier. On peut y discuter, parler du quotidien, ce n’est pas un lieu de culte ou un sanctuaire. Toutefois, un visiteur ou élève doit rester humble en son sein. Le respect et la réserve sont deux attitudes à respecter.

Le dojo nommé Butokuden à Kyoto, kanpai.fr

La pièce de pratique

Les dojo sont tous construits sur le même schéma. Sa pièce principale, où l’ont pratique le zen et le budô est carrée. On y trouve donc quatre murs. Ces quatre murs ont tous une signification différente. Le plus important est le kamiza, le « siège du haut ». Sur ce mur peuvent se trouver les trophées du dojo mais aussi des petits autels en l’honneur de divers kami (divinités japonaises). On y affiche parfois les portraits des anciens maîtres du dojo. Le mur de droite (le « siège supérieur ») quant à lui est réservé à l’enseignant. Lors des leçons, c’est à côté de ce mur que le maître se place pour observer ses élèves.

Le mur de gauche (le « siège inférieur ») est celui réservé aux élèves. Lors des leçons, ils doivent s’y répartir en fonction de leur niveau de pratique. Les plus expérimentés se placent à gauche tandis que les apprentis se placent à droite.

L’intérieur du butokuden, kanpai.fr

Les autres pièces

Un dojo comporte évidemment d’autres pièces que celle-ci. Le sas d’entrée par exemple, est totalement différent de la salle de pratique. Les élèves peuvent y discuter ou se reposer. Ce n’est quand dans les vestiaires que les étudiants commencent à changer d’état d’esprit et de vêtements. Lorsque les élèvent mettent leurs vêtements d’entraînement, ils stoppent leurs conversations banales pour se préparer pleinement à la pratique du budô.

Les équipements nécessaires au budô

La plupart des arts martiaux nécessitent le port d’un vêtement particulier. En France, nous faisons régulièrement la confusion entre kimono et vêtements d’entraînement. En effet, le kimono ne désigne au Japon qu’une robe traditionnelle que l’on porte pour de grandes occasions, comme par exemple les matsuri. Les vêtements d’entraînement quant à eux portent le nom de keikogi.

Chaque art martial dispose d’un vêtement spécifique. On retrouve par exemple au sein des keikogi le judogi pour le judo et le karategi pour le karaté. La plupart des keikogi sont composés d’une veste et d’un pantalon blanc. Certains arts martiaux utilisent d’autres vêtements, les pratiquants d’aïkido ou de kendo portent un hakama, à mi-chemin entre jupe et pantalon. Le hakama a son utilité particulière : il permet de dissimuler ses jambes à son adversaire. Ainsi, il est impossible aux combattants de prévoir les mouvements de son opposant.

Les keikogi, outre leur intérêt pratique, permettent aux adeptes d’arts martiaux d’entrer dans un rôle. En revêtant leurs keikogi, ils changent d’identité et peuvent pleinement s’investir dans leurs activités. Cela fait partie, en quelque sorte, d’un rituel.

Le judogi, judoclubdourdan.fr

 

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Bibliographie : DESHIMARU Taisen, Zen et arts martiaux, Albin Michel, 1977.

BAUDRY Patrick, La ritualité dans les arts martiaux, Cahiers Internationaux de Sociologie, 1992.

Auteur : Yatsu Atatakai

 

 

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