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Mai

ANIMASIA « HORS LES MURS » JAPON – Le studio Ghibli, fabricant de rêves depuis 1985

Ghibli, il est certain que parmi vous, tout le monde connaît ce studio au moins de loin. Au moins aurez-vous vu Princesse Mononoke (1997), ou entendu parler de son auteur, Hayao Miyazaki. En tout cas, vous aurez déjà vu passer son logo, orné de la mascotte du studio : le touffu Totoro !

Le studio Ghibli, c’est sans aucun doute le plus connu des studios d’animation japonais. Et il était inévitable que nous écrivions un jour un article à son propos. D’autant plus que nous fêtons cette année les 33 ans du studio en organisant un événement sur lequel nous reviendrons. Retraçons tout d’abord l’histoire riche en rebondissements du studio Ghibli.

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Le logo du studio Ghibli, hypebeast.com

La grande histoire du studio Ghibli

Avant Ghibli, deux fondateurs déjà bons amis

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Affiche d’Horus Prince du Soleil (Isao Takahata, 1968), senscritique.com

Longtemps avant Ghibli, les deux plus connus des trois co-fondateurs du studio Ghibli ont eu deux parcours assez proches. Hayao Miyazaki (Princesse Mononoke – 1997, Le Voyage de Chihiro – 2001, …) et Isao Takahata (Le Tombeau des Lucioles – 1988, Le Conte de la Princesse Kaguya – 2013) commencent tous les deux à la Toei Animation. Takahata en 1959 et Miyazaki en 1963 comme intervalliste. Les deux travailleront pour la première fois ensembles sur Horus, Prince du Soleil, réalisé par Takahata en 1968. Mais le film est un échec.

Des grèves secouent alors le studio et les deux compères y participent, dénonçant les conditions de travail et les salaires. Ils finiront tous les deux par quitter le studio, considérant, qu’il valorise trop la quantité au détriment de la qualité. Miyazaki et Takahata travaillerons pendant plusieurs années sur des séries animées, ensembles ou chacun de leur côté.

Dans le début des années 1980, Miyazaki côtoie beaucoup le journaliste Toshio Suzuki et partage avec lui ses projets. Suzuki décide de donner un coup de main et participe énormément à rendre possible l’adaptation en long-métrage du manga de Miyazaki, Nausicaä de la Vallée du Vent (1982 – 1994). Un coup de fil est passé à Takahata qui devient producteur du film et Nausicaä de la Vallée du Vent sort en salles en 1984 ! Le film est un franc succès et les recettes récoltées permettent à Miyazaki, Takahata, et Suzuki de fonder le studio Ghibli en 1985. D’après le surnom donné à un avion italien pendant la Seconde Guerre Mondiale, le Caproni Ca. 309 Ghibli. Miyazaki dévoilant déjà sa passion pour l’aviation.

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Les trois co-fondateurs du studio Ghibli . De gauche à droite: Hayao Miyazaki, Toshio Suzuki et Isao Takahata. lemauvaiscoton.fr

L’ascension vers le succès

Totoro, printerest.com

Le premier film estampillé Ghibli paraît en 1986 et est signé Hayao Miyazaki. Il s’agit du Château dans le Ciel qui est également un bon succès au Japon. C’est ensuite au tour de Mon Voisin Totoro de paraître en 1988, encore signé Miyazaki. Explicitement adressé aux enfants et voulant leur transmettre un regard positif sur un Japon ou les hommes et la Nature seraient en harmonie, le film est un très bon succès. Et, encore aujourd’hui, sa chanson titre (composée par le génialissime Joe Hisaishi)est régulièrement chantée dans les écoles. Le pelucheux esprit ours/chat Totoro devenant quant à lui la mascotte du studio.

Isao Takahata fait son entrée en 1988 avec le très remarque Tombeau des Lucioles. Un film très dur par son réalisme. Le film raconte la survie de deux enfants orphelins à la suite des bombardements de Kobe pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Sacralisation du studio Ghibli : Princesse Mononoke (1997)

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Princesse Mononoke (Hayao Miyazaki, 1997)

Mais c’est en 1997 que la consécration du studio a définitivement lieu, avec la sortie de Princesse Mononoke (Hayao Miyazaki). Le film est un succès immense au Japon et il est encore aujourd’hui dans le top 10 au box-office japonais. Il est également le premier film du studio à bénéficier de l’accord signé en 1996 avec Gaumont Buena Vista International (notamment responsable de la distribution des films Disney). Cet accord confie à l’entreprise occidentale la distribution des films Ghibli à travers le Monde (excepté en Asie). Préférant être prévenant le studio japonais s’assure que l’intégrité de ses films ne soit en aucun cas altérée. Notons qu’il était alors courant d’appliquer des modifications sur les produits audiovisuels japonais lors du processus de diffusion. Miyazaki en parle lui-même :

Je me dis que les studios Disney doivent être très embarrassés en voyant Le Voyage de Chihiro. Je ne peux pas vous dire s’ils ont tout compris ou s’ils sont très heureux. En tout cas, l’accord entre Ghibli et Disney est d’ordre purement commercial. Le film correspond exactement à ce que j’ai voulu faire. Il n’est pas question qu’ils apportent des modifications au montage, ni même qu’ils donnent leur avis sur le résultat final. Je ne suis pas si faible que cela face à eux. Pour eux, Le Voyage de Chihiro se résume de la façon suivante : ‘Est-ce que Chihiro va battre la vilaine sorcière ?’ Ils n’arrivent pas à comprendre que l’histoire n’est pas simple que cela. C’est comme lorsque le président des États-Unis déclare : ‘Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous.’ S’ils sont obligés de tout simplifier pour comprendre, c’est leur problème. (note 1)

Reste que cet accord a permis à Princesse Mononoke d’être vu et fortement remarqué partout à travers le Monde.

1995 – 2013, à la recherche de successeurs

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L’Affiche de Si tu tends l’oreille (Yoshifumi Kondô, 1995), senscritique.com

Déjà en 1997, Miyazaki pense à prendre sa retraite et cherche de nouveaux réalisateurs à intégrer au studio pour en assurer la postérité. C’est ainsi qu’il avait mis Yoshifumi Kondô, animateur prometteur sur de nombreux anciens projets de Ghibli, à la réalisation de Si tu Tends l’Oreille (1995). Le film est bon, Miyazaki plein d’espoir, mais Kondô meurt d’une dissection aortique en 1998. Le Maître qui avait d’ores et déjà annoncé sa retraite se voit donc obligé de se remettre au travail pour réaliser Le Voyage de Chihiro (2001).

De nombreux autres réalisateurs réaliseront par la suite un ou plusieurs films pour le studio. Hiroyuki Morita avec son Royaume des Chats en 2002 ; Hiromasa Yonebayashi (Arrietty, le petit monde des chapardeurs – 2010, Souvenirs de Marnie – 2014) ; mais aussi le fils Miyazaki, Gorô Miyazaki, qui réalise Les Contes de Terremer en 2006 puis La Colline aux Coquelicots en 2011. Notons également que le studio Ghibli avait approché Mamoru Hosoda, alors en début de carrière, pour la réalisation du Château Ambulant. Mais le projet n’a pas abouti à cause d’un désaccord. On peut trouver ça dommage au vu du succès rencontré par la suite par le réalisateur.

Remarquons enfin que cette période est celle qui verra la sortie du plus gros succès du studio au Japon et à l’international : Le Voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki, 2001). Le film est premier indétrôné au box-office japonais et représente, avec plus de 1 400 000 entrées, le plus gros succès du studio Ghibli en France.

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Le Voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki, 2001)

Les années 2010 : déclin puis renouveau ?

Le Vent se Lève, nouveau film de Miyazaki, est sur le point de sortir en salles. Il est présenté en avant-première à la Mostra de Venise de 2013. Une conférence de presse autour du film a lieu. Soudain, le président du studio Kôji Hoshino annonce le départ en retraite de Miyazaki. Son dernier long-métrage sera donc Le Vent se Lève (il compte encore travailler sur des courts).

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Affiche du Conte de la Princesse Kaguya (Isao Takahata, 2013), allocine.fr

À la suite de l’échec de son Conte de la Princesse Kaguya (2013), Takahata déclare à son tour qu’il part en retraite. Ghibli perd ses deux pontes et manque de réalisateurs pour la suite, le studio annonce l’arrêt de sa production de longs-métrages jusqu’à nouvel ordre. Toshio Suzuki, alors producteur pour le studio, songe lui aussi à la retraite. De son côté, Hiromasa Yonebayashi part fonder le studio Ponoc avec Yoshiaki Nishimura. Il réalisera le premier film du studio, Mary et la Fleur de Sorcière en 2017. Un immense hommage à la production Ghibli, qui multiplie les références aux films du studio et à l’œuvre de Miyazaki.

Cependant, comme il avait déjà fait le coup plusieurs fois, Miyazaki décide de se remettre au travail et se lance dans un nouveau projet : Comment vivez-vous ?, pour une date encore indéterminée. Le film sera produit par le studio Ghibli, avec Suzuki aux manettes. La retraite semble définitivement repoussée.

Les figures du studio Ghibli

Hayao Miyazaki sensei

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Hayao Miyazaki, japantimes.co.jp

Miyazaki, c’est sans aucun doute le réalisateur le plus célèbre et le plus prolifique du studio. Il est par ailleurs à la source des plus grands succès du studio, à commencer par Princesse Mononoke et Le Voyage de Chihiro.

C’est aussi un touche-à-tout qui tient à tout maîtriser dans ses projets. Il est à la fois réalisateur, scénariste, producteur, et animateur. Et s’il travaille toujours sur de nombreuses étapes sur ses propres films, il apporte également sa patte sur les projets d’autres réalisateurs du studio. C’est ainsi qu’il était au scénario pour Si tu tends l’oreille (Yoshifumi Kondô, 1995), Arrietty, le petit monde des chapardeurs (Hiromasa Yonebayashi, 2010), ou encore La Colline aux coquelicots (Gorô Miyazaki, 2011). Miyazaki est très perfectionniste et s’apparente en de nombreux points à un bourreau de travail, autant avec lui-même qu’avec ses équipes.

Des films riches et progressistes

Dans ses films, Miyazaki met en avant des discours progressistes dans plusieurs domaines : notamment dans l’écologie et dans le féminisme. Écologie par cette mise en valeur systématique de la Nature dans les films, mais aussi par ce rôle majeur qu’elle a directement dans Nausicaä de la Vallée du Vent ou dans Le Voyage de Chihiro. Et féminisme par ces personnages féminins forts et indépendants qui sont souvent principaux (Kiki la petite sorcière, Le Voyage de Chihiro) ou au moins secondaires (San et Dame Eboshi dans Princesse Mononoke).

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Kiki la petite sorcière (Hayao Miyazaki, 1989)

Il cherche également à mettre en avant la culture japonaise auprès des Japonais eux même. Cela passe souvent par une diversité fabuleuse d’esprits folkloriques japonais. Miyazaki a l’impression que les Japonais ont tendance à préférer les cultures occidentales à la leur et souhaite transformer cette situation. C’est en créant des films ainsi ancrés dans la culture japonaise que Miyazaki a su la faire découvrir et apprécier à l’étranger.

Avec ses films parfois plus enjoués et dirigés vers un public d’enfants, Miyazaki a créé un nouveau standard dans le cinéma d’animation japonais qui est venu prendre le dessus sur celui des films de science-fiction post-apocalyptiques (Akira – Katsuhiro Ôtomo – 1988, Ghost in the Shell – Mamoru Oshii – 1995) qui primait jusqu’alors.

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Le Château ambulant (Hayao Miyazaki, 2004)

Mais paradoxalement, Miyazaki est un éternel pessimiste. De son propre aveu, il est peu confiant quant à la lucidité des politiques et des commerciaux, et, de fait, quant à l’avenir du Japon, de la Planète, et de l’Humanité.

Conscient de sa vision assez négative, il ne cherche pas à l’imposer aux générations à venir et ses films pour enfants tendent à perpétuer l’émerveillement pour le monde naturel. (note 2)

Et Isao Takahata sensei

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Isao Takahata, koi-nya.net

Takahata, c’est l’autre grand ponte du studio. Son co-fondateur et auteur de nombreux films qui ont faits son succès, notamment au Japon.

Takahata n’est pas dessinateur à la base, de fait il se permet beaucoup de libertés et pousse ses dessinateurs à aller dans des directions nouvelles. L’aquarelle appuyée par la 3D dans Mes Voisins les Yamada (1999) et l’encre de Chine dans Le Conte de la Princesse Kaguya par exemple.

Paradoxalement, malgré un dessin qui n’a pas souvent le réalisme si appuyé des réalisations habituelles Ghibli, Takahata recherche un réalisme dans les sujets qu’il aborde. Que ce soit le réalisme cru de la guerre dans Le Tombeau des lucioles ou celui du quotidien dans Mes Voisins les Yamada ou Souvenirs goutte à goutte (1991).

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De haut en bas et de gauche à droite : Le Tombeau des lucioles (Isao Takahata, 1988), Souvenirs goutte à goutte (Isao Takahata, 1991), Mes Voisins les Yamada (Isao Takahata, 1999)

Un studio au cœur du paysage cinématographique japonais

Aujourd’hui le studio a en grande partie renouvelé les standards du cinéma japonais. Et nombreux sont les réalisateurs qui, comme Mamoru Hosoda, arrivent en créant des films plus enjoués et colorés.

Pendant déjà plus de 30 ans, le studio nous a livré des films qui ont fait rêver plusieurs millions de spectateurs à travers le Monde. Aujourd’hui, en produisant moins de films, le studio offre à de nombreux jeunes réalisateurs la chance de percer dans le milieu du cinéma d’animation japonais. En effet, notamment en France, la disparition progressive de films estampillés Ghibli ou Miyazaki a créé un appel d’air qui a permis à de nombreux autres films d’aller toucher un public plus large. Et ce même si, comme nous l’apprend Keiichi Hara (Un été avec Coo – 2007, Miss Hokusai – 2015),

la main-d’œuvre est très difficile à trouver. Depuis que Hayao Miyazaki a annoncé qu’il voulait refaire un long-métrage, les meilleurs jeunes animateurs sont partis travailler avec lui. On se doutait qu’il ne s’arrêterait pas vraiment, car il ne veut pas vivre sa vie de retraité. Mais je lui en veux un peu pour ces raisons. (note 3)

Un festival Ghibli pour les 33 ans du studio !

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generacionghibli.blogspot.com

Chez Mandora, et dans le cadre d’Animasia « Hors les Murs », nous organisons bel et bien un festival sur le studio : le Festival Ghibli by Animasia du mercredi 13 au dimanche 17 juin  ! Des projections sont prévues ainsi que des conférences, des activités liées au studio, ainsi que moult nourriture et boissons à disposition. Tout aura lieu au cinéma le Festival à Bègles et nous espérons, bien évidemment, vous y trouver nombreux !

La programmation du Festival Ghibli by Animasia sortira prochainement, alors n’hésitez pas à suivre l’actualité sur le site Animasia !

 

1 O. Père, « L’Incorruptible », Les Inrocks, hors-série, Animation Japonaise, de films en séries, un siècle d’enchantements, Les Éditions Indépendantes, Paris, 2017, p. 10.

2 B. Suvilay, « Hayao Miyazaki », Hommage au studio Ghibli, Les artisans du rêve, Paris, Ynnis Éditions, 2017, p. 7.

3 : S. Dreyfus, « Keiichi Hara : ‘J’en veux un peu à Miyazaki’ », La Croix, https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Keiichi-Hara-Jen-veux-peu-Miyazaki-2017-12-15-1200899847 .

Auteur : Simon Morgan

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