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Juin

ANIMASIA « HORS LES MURS » JAPON – Le zen, au cœur du paysage religieux japonais

Par chez nous, il est courant d’entendre des expressions comme « reste zen ». Le terme « zen » devient alors un appel au calme et à la sérénité. Mais c’est là une interprétation occidentale du mot, bien éloignée de sa signification originale ! En effet, à la base, le zen est un courant du bouddhisme au Japon. Caractérisé par son austérité et sa sobriété, il est, plus qu’une simple religion, une véritable philosophie de vie. La pensée zen s’étendant bien au-delà des murs des temples.

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Le jardin zen du Ryôan-ji, emengardis.com

Un courant bouddhiste devenu essentiel au Japon

Originellement, le zen n’est pas exclusif au Japon. En effet, il est inspiré du chan chinois et est cousin du thiên vietnamien, ou encore du sôn coréen. Il puise enfin son inspiration dans le taoïsme chinois et dans le le bouddhisme indien (pour l’importance de la méditation notamment). C’est cependant au Japon que cette pensée rebaptisée zen trouve sa terre de prédilection.

De voyage en Chine, quelques moines bouddhistes découvrent cette pensée au VIIe siècle. Mais ce n’est qu’au XIIe siècle, au début du shogunat de Kamakura, que le zen s’installe véritablement dans l’Archipel. En effet les sectes bouddhistes japonaises d’alors sont dépravées par la corruption et l’appât du gain. Certains moines trouvent alors dans le zen, et dans son austérité, une religion qui leur sied. S’il est uniquement pratiqué par les samouraïs au tout début, il s’étendra à l’aristocratie au XIVe siècle. Il tendra dès lors de plus en plus à toucher la population japonaise dans son ensemble.

Le zen en trois grandes étapes

Un travail d’épurement pour commencer

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Le moine zen Taisen Deshimaru en pleine séance de méditation, bouddhismes.net

C’est là la première étape de l’accomplissement dans le zen, il faut travailler sur l’épurement. En effet la simplicité et la sobriété sont des caractéristiques essentielles de cette pensée. L’épurement, c’est essentiellement celui de soi-même.

Il faut commencer par se séparer de tout désir qui nous attache ainsi que de toute émotion qui nous égare. C’est la méditation, qui joue un rôle central dans toutes les écoles zen, qui va nous aider pour cela. Un travail de détachement du corps, puis d’observation de ses pensées. Il faut laisser défiler ses pensées sans s’arrêter dessus et se contenter de les regarder de loin. Mais le travail d’observation peut également se faire sur une sensation, essayer de cerner ce qu’est la sensation du froid d’une glace sur la langue par exemple. Ainsi l’esprit s’éloigne de préoccupations telles que des désirs ou des émotions. Il se contente de les regarder de loin.

L’épurement de l’esprit passe aussi par le rejet de la logique et du savoir. Tout doit être mis en doute, y-compris l’existence même de Bouddha. Ses représentations servant dans certains monastères à alimenter le feu. Dans l’école zen Rinzai, un moyen proposé pour travailler à cet aspect de l’épurement, c’est le kôan. Un questionnement qui met en déroute tout raisonnement logique et qui est proposé par le Maître à son élève. Un exemple célèbre de kôan : « Quel son produit le claquement d’une seule main ? » Ici il ne faut pas chercher à résoudre le problème par les lois de la logique, il faut douter. Et c’est là, dans le doute même, que se dévoile la vérité.

L’aboutissement de ce travail d’épurement, c’est peut-être de se séparer même du « moi ».

Un regard plus direct sur le Monde

Lorsqu’on pratique le zen, il faut apprendre à être continuellement présent dans l’« ici et maintenant ». Être capable de savoir saisir et apprécier pleinement l’instant présent, sans se préoccuper du passé ni de l’avenir.

Il faut également savoir toujours porter une sorte de tendresse à l’égard des choses qui nous entourent. Même les plus petites. Il ne faut rien négliger. Mais ce regard doit rester sans dimension intellectuelle, il ne faut pas réfléchir les choses :

Deux moines observent une bannière flotter au vent. Pour l’un, c’est le vent qui la met en mouvement. Pour l’autre, c’est le drapeau lui-même qui se meut. Pour leur maître, c’est leur esprit qui produit le mouvement réel. (note 1)

 

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Un petit coucou s’approche d’un hydrangea, haiga de Buson, wikipedia.org

Cette sorte d’insouciance et ce regard simple sur le Monde vont avec l’importance de ne pas être sérieux. En effet le zen ne prohibe pas le rire, bien au contraire. Les maîtres considèrent un rire sur un visage comme une fleur s’épanouissant. Le rire, aussi, peut-être une voie vers l’accomplissement dans le zen.

Enfin, l’éveil

L’éveil, ou satori, c’est l’accomplissement final dans le zen. C’est le moment de la pleine compréhension de la nature fondamentale de l’homme. Au moment de l’éveil, le disciple réalise qu’il n’est pas son propre corps, mais plutôt son esprit qui planerait métaphoriquement un peu au-dessus. Il se libère alors totalement des désirs, émotions, et autres savoirs qui ne sont finalement qu’attachés à ce corps.

Il comprend alors l’unicité fondamentale entre ce corps et toutes les autres choses qui composent le Monde. Tout est finalement constitué de la même matière, et se retrouve partout la nature de Bouddha. Qui est donc aussi la nature fondamentale de l’Homme. Le disciple peut alors s’identifier en ce qu’il observe. Il est désormais parfaitement en harmonie avec le Monde qui l’entoure.

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Le Dieu-cerf de Princesse Mononoke (Hayao Miyazaki, 1997), un être qui a sans aucun doute déjà atteint l’éveil

Des voies multiples pour atteindre l’éveil

L’art sous plusieurs formes

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Composition ikebana, printerest.com

Depuis le XIIe siècle et l’implantation du zen au Japon, de nombreuses formes d’art se sont développées ou sont nées autour et dans les murs des temples. Ainsi, elles se sont basées sur les préceptes zen et les traduisent. Leur pratique devenant par la même une voie d’accès à l’éveil. Je vous invite à aller jeter un œil aux articles spécialisés sur ces arts pour avoir plus de détails ! Mais nous pouvons par exemple penser à la voie des fleurs avec l’ikebana (l’art de la composition florale au Japon), à la voie de la poésie par la pratique du haïku (insérer un lien vers l’article haïku et zen), ou encore à la voie du thé par la maîtrise de la cérémonie du thé de style wabi (insérer un lien vers l’article). Citons également l’art des jardins, la calligraphie, ou le théâtre .

De plus, certains arts comme le haïku, ou parfois le cinéma japonais contemporain, peuvent être des fenêtres ouvertes vers un aperçu de l’état d’éveil. Encore une fois je vous invite à aller jeter un œil à mon article sorti précédemment sur le sujet !

L’éveil par la randonnée

Les voies vers l’éveil sont diverses. C’est ainsi qu’à la suite d’une ascension en montagne, j’ai un jour touché l’éveil du doigt pendant quelques instants. Je m’étais épuisé pendant la montée, au point de ne plus songer qu’à avancer mes pas l’un après l’autre. Mon esprit ainsi épuré et mon corps vidé de son énergie, le lac et le plateau qui se dévoilaient sous mes yeux ont pu pleinement se déverser en moi. La beauté saisissante du paysage emplissant mes yeux, je me suis assis dans l’herbe. J’étais minuscule face à ce panorama de montagnes. Et une mouche, tout aussi minuscule, est venue se poser sur ma main. Là où les bourdonnements semblaient déranger mes camarades, j’avais l’esprit serein en échangeant un regard avec l’insecte. Nous étions, moi et la mouche, pleinement intégrés à la montagne. Quand soudain, l’insecte s’envola.

les montagnes en face

   une mouche prend son envol

      la brise ride le lac

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Lac d’Aumar, lacsdespyrenees.com

Un travail de tous les jours

L’objectif au bout du parcours dans le zen, c’est de parvenir à avoir un regard plus direct sur le Monde. Le disciple doit s’intégrer pleinement dans l’harmonie du Monde.

Et tout cela n’est pas si inaccessible que ça ! Encore une fois, les voies d’accès à l’éveil sont diverses, et il y en a toujours une qu’il nous est possible d’emprunter. Cependant, pour réaliser pleinement le zen, le travail doit être quotidien. À voir si notre motivation suit vraiment ! Pour ma part mon mode de vie actuel, avec ses quelques fenêtres ouvertes vers cet état d’éveil, me suffit.

En attendant, si vous voulez vous approcher, même pour quelques instants, de ce travail du disciple zen, voire de son accomplissement cristallisé dans l’éveil, les occasions sont nombreuses dans les événements proposés par Animasia « Hors les Murs » ! Alors n’hésitez pas à vous tenir au courant de notre programme et venez nombreux. À bientôt !

 

1 : J-L. Toula-Breysse, Que sais-je? Le Zen, Paris, Presses Universitaires de France, 2008, p. 58.

Auteur : Simon Morgan

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